Réseaux sociaux et santé mentale des adolescents : les dangers révélés
Les réseaux sociaux font désormais partie intégrante du quotidien des adolescents. Ils constituent des espaces de socialisation, d’expression et d’exploration identitaire. Mais cette présence massive n’est pas sans conséquences.
Dans un rapport d’expertise collective publié fin 2025, l’Anses (agence nationale de sécurité sanitaire) alerte sur les risques sanitaires associés à l’usage des réseaux sociaux numériques chez les adolescents, en particulier sur la santé mentale, le sommeil et les comportements à risque.
Une utilisation quasi quotidienne dès l’adolescence
En France, près de 90 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans utilisent un smartphone chaque jour pour accéder à Internet, et 58 % déclarent utiliser quotidiennement les réseaux sociaux numériques. Pour une part significative d’entre eux, le temps passé sur le smartphone est élevé : 42 % des adolescents passent entre 2 et 5 heures par jour sur leur téléphone, et 9 % plus de 5 heures par jour.

Cette connexion permanente est favorisée par des plateformes conçues pour capter l’attention. Les réseaux sociaux reposent sur un modèle économique fondé sur la monétisation du temps d’utilisation et des données personnelles, intégrant des mécanismes comme le défilement infini, les notifications ou la personnalisation algorithmique des contenus, qui rendent la déconnexion plus difficile, en particulier chez les plus jeunes.
Une période de vulnérabilité accrue pour la santé mentale
L’adolescence est une période clé du développement émotionnel, cognitif et social. Le rapport de l’Anses rappelle que de nombreux troubles mentaux apparaissent justement à cet âge, rendant les adolescents particulièrement sensibles à leur environnement numérique.
Les données scientifiques analysées montrent que l’usage des réseaux sociaux est associé à une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs, sans pouvoir être considéré comme une cause unique. Les effets sont multifactoriels et dépendent notamment du contexte familial, du genre, de l’estime de soi et de la présence de vulnérabilités psychologiques préexistantes.
Les filles sont particulièrement exposées selon ce rapport, car elles utilisent davantage les réseaux sociaux hautement visuels (Instagram, TikTok, Snapchat), sont plus soumises à la comparaison sociale et rapportent un engagement émotionnel plus fort vis-à-vis des contenus consultés.
Image du corps, comparaison sociale et mal-être
Les réseaux sociaux numériques, en particulier ceux centrés sur l’image, jouent un rôle majeur dans la construction de l’image corporelle à l’adolescence. Le rapport souligne que la publication et la retouche de selfies, l’exposition répétée à des corps idéalisés et la recherche de validation sociale renforcent l’insatisfaction corporelle, notamment chez les filles.
Ces mécanismes favorisent l’auto-objectification et la comparaison sociale ascendante, identifiées comme des facteurs de risque des troubles des conduites alimentaires. Chez les adolescents déjà fragilisés, l’exposition à des contenus valorisant la maigreur ou l’hyper-musculature peut aggraver des troubles existants.
Réseaux sociaux et troubles du sommeil : un lien clairement établi
L’expertise de l’Anses met en évidence un impact négatif de l’utilisation des réseaux sociaux sur le sommeil des adolescents. L’augmentation du temps passé sur les plateformes retarde l’heure du coucher, réduit la durée totale du sommeil et perturbe la qualité du repos nocturne.
L’exposition aux écrans en soirée inhibe la sécrétion de mélatonine, hormone essentielle à l’endormissement. À long terme, un sommeil insuffisant est associé à une augmentation du risque de troubles anxio dépressifs, à une somnolence diurne, à une baisse de la concentration et à une altération du bien-être général.
Cyberharcèlement et comportements à risque : des conséquences graves
Les réseaux sociaux sont également des lieux d’exposition aux cyberviolences et au cyberharcèlement. Selon l’Anses, ces phénomènes sont associés à une augmentation des symptômes dépressifs, à un risque accru d’automutilation, d’idées suicidaires et de tentatives de suicide.
Le rapport met aussi en lumière le rôle des réseaux sociaux dans la normalisation de certains comportements à risque, comme la consommation d’alcool, de tabac ou de cannabis, ou la participation à des défis dangereux. La recherche de reconnaissance sociale et la pression des pairs jouent ici un rôle central, amplifié par les mécanismes de viralité des plateformes.
Mieux encadrer les usages pour protéger la santé des jeunes
Les réseaux sociaux ne sont pas intrinsèquement nocifs, mais leur conception et leurs usages actuels peuvent amplifier des vulnérabilités existantes. En documentant plus de 1 000 études scientifiques, l’Anses apporte une base solide pour comprendre les risques et agir de manière coordonnée.
Informer, prévenir et accompagner les adolescents dans leurs usages numériques est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Favoriser une relation plus équilibrée aux réseaux sociaux, c’est contribuer à la protection de la santé mentale des jeunes et à leur bien-être durable.
Sources :
- Le Monde - L’Anses alerte sur les risques des réseaux sociaux sur la santé des adolescents
- ANSES - Avis et rapport sur les usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents
- ANSES - site officiel