La question de la délivrance des médicaments à l’unité fait régulièrement surface dans le débat public, portée à la fois par des enjeux économiques, environnementaux et de sécurité sanitaire. En France, où la dispensation reste largement structurée autour des boîtes, cette pratique interroge : pourrait-elle réduire le gaspillage, limiter les surplus conservés à domicile, prévenir l’automédication inappropriée ou encore aider à gérer les pénuries ?
C’est précisément ce que la Cour des comptes a analysé dans son rapport 2025, consacré à l’opportunité de développer la délivrance à l’unité. Dans un contexte marqué par l’augmentation des ruptures de stocks, la lutte contre l’antibiorésistance et la nécessité de maîtriser les dépenses de santé, cette réflexion prend une importance particulière pour les professionnels de santé comme pour les décideurs publics.
Aujourd’hui, la délivrance à l’unité concerne surtout :
- les stupéfiants, déjà très encadrés ;
- quelques antibiotiques délivrés à l’unité depuis 2022 pour lutter contre l’antibiorésistance ;
- certains médicaments en pénurie, pour lesquels l’État peut imposer ce mode de dispensation ;
- les PDA en EHPAD, qui constituent une forme avancée de délivrance unitaire.
Mais même pour les antibiotiques, l’usage reste très faible : seulement 1,1 % des traitements concernés ont été délivrés à l’unité en 2024.
Le rapport souligne que de nombreux médicaments sont aujourd’hui délivrés en quantités supérieures aux besoins réels. Par exemple, la prednisolone ou la colchicine, dont les boîtes standard dépassent largement les posologies prescrites.
La délivrance à l’unité permettrait donc de réduire les excédents, de limiter la constitution de « pharmacies domestiques » et de freiner l’automédication inappropriée. Elle aurait aussi un impact environnemental positif, en réduisant les déchets médicamenteux.

En théorie, jusqu’à 450 millions d’euros pourraient être économisés chaque année en diminuant les surdélivrances. Mais la généralisation entraînerait aussi :
- une réorganisation industrielle lourde ;
- des investissements importants pour les officines (robotisation, stockage);
- l’adaptation des logiciels et du modèle économique basé aujourd’hui sur la boîte.
Selon la Cour, une mise en œuvre généralisée serait donc complexe et coûteuse.
Plutôt qu’une généralisation, la Cour recommande de développer la délivrance à l’unité de façon sélective, notamment pour :
- les antibiotiques ;
- les médicaments en tension ;
- certaines molécules à risque ;
- et la préparation des doses à administrer (PDA), mieux encadrée par les ARS.
Elle suggère également de revoir les conditionnements, la tarification et la rémunération du pharmacien, pour rendre le dispositif plus efficace. La délivrance à l’unité peut être utile, mais seulement lorsqu’elle répond à un besoin identifié : réduire les surplus, sécuriser les traitements ou accompagner les pénuries. Le rapport invite donc à une approche pragmatique et ciblée, plutôt qu’à une réforme globale du circuit du médicament.
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