Contenu validé par Dr Stéphanie Le Guillou, docteur en pharmacie.
Le hantavirus fait l’objet d’une surveillance renforcée en France après l’apparition d’un cluster d’infections à bord du navire MV Hondius, parti d’Argentine début avril 2026. Plusieurs cas graves liés au virus Andes, dont plusieurs décès, ont été recensés parmi les passagers et membres d’équipage.
En France, un cas positif a été confirmé chez une personne identifiée parmi les contacts rapprochés liés à ce foyer. Les ressortissants français concernés ont fait l’objet de mesures de surveillance, d’isolement ou de suivi sanitaire selon leur niveau d’exposition. Les autorités françaises ont également renforcé les mesures applicables aux contacts rapprochés, avec une surveillance pouvant aller jusqu’à 42 jours après la dernière exposition, soit la durée retenue pour couvrir la période d’incubation possible du virus Andes.
Cette situation soulève de nombreuses questions : le hantavirus circule-t-il déjà en France ? Quelles régions sont concernées ? Existe-t-il un risque de transmission entre humains ? Si l’OMS estime que le risque pour la population générale reste faible, des cas de hantavirus sont bien recensés chaque année sur le territoire français. Voici ce qu’il faut savoir sur les risques réels, les zones touchées et les symptômes à surveiller.
Pourquoi le hantavirus fait-il l’actualité en mai 2026 ?
Le cluster du MV Hondius sous surveillance mondiale
Le hantavirus est revenu au centre de l’actualité sanitaire après l’apparition d’un foyer d’infections à bord du navire de croisière MV Hondius, parti d’Ushuaïa en Argentine début avril 2026. Plusieurs passagers et membres d’équipage ont développé des formes graves de syndrome pulmonaire à hantavirus au cours de la traversée reliant l’Amérique du Sud à l’Europe.
Au 8 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé rapportait huit cas liés au MV Hondius, dont six confirmés biologiquement comme infections à virus Andes, deux cas probables et trois décès. Au 11 mai 2026, l’ANRS MIE rapportait dix cas, dont huit confirmés et deux probables, avec trois décès. Ces chiffres doivent être lus à la date de publication des autorités sanitaires, car la situation était évolutive.
Les analyses réalisées sur les patients ont confirmé la présence du virus Andes, un hantavirus principalement observé en Amérique du Sud et connu pour provoquer des atteintes cardiopulmonaires parfois sévères.
Face à cette situation, plusieurs passagers symptomatiques ont été évacués médicalement vers différents pays européens et africains afin d’être pris en charge en soins intensifs. L’OMS coordonne actuellement le suivi international des cas et des contacts à risque, tout en estimant que le risque mondial de propagation reste faible.

Un premier cas positif confirmé en France
En France, la situation a pris une nouvelle dimension après la confirmation d’un premier cas positif chez une personne identifiée parmi les contacts rapprochés liés à ce foyer. Hospitalisée à l’hôpital Bichat à Paris, spécialisé dans les maladies infectieuses, cette patiente a vu son état de santé se dégrader après son retour en France avant d’être placée en réanimation dans un état jugé critique mais stable.
Les quatre autres ressortissants français présents à bord ont été placés en isolement strict à l’hôpital, même si leurs premiers tests se sont révélés négatifs. Parallèlement, les autorités sanitaires ont identifié 22 cas contacts français ayant voyagé avec des personnes infectées lors de vols internationaux entre l’Afrique du Sud et l’Europe.
Cette surveillance renforcée vise à détecter rapidement d’éventuels nouveaux cas et à limiter toute chaîne de transmission potentielle du virus Andes.
Pourquoi la France a durci ses règles sanitaires ?
Face au risque de transmission du virus Andes, le gouvernement français a adopté des mesures sanitaires exceptionnelles. Un décret publié le 11 mai 2026 prévoit la mise en quarantaine et l’isolement des personnes ayant séjourné à bord du MV Hondius ou ayant été en contact étroit avec des cas confirmés.
Les autorités françaises ont notamment choisi de renforcer les règles d’isolement en imposant une quarantaine hospitalière plutôt qu’un isolement à domicile pour certains cas contacts considérés à haut risque. La durée maximale de surveillance peut atteindre 42 jours, correspondant à la période d’incubation maximale retenue par l’OMS pour le virus Andes.
L’objectif affiché par les autorités sanitaires est clair : casser rapidement toute éventuelle chaîne de transmission et éviter l’apparition d’un foyer secondaire sur le territoire français. Malgré ces mesures strictes, l’OMS continue de considérer le risque pour la population générale comme faible à ce stade.
Le hantavirus circule-t-il déjà en France ?
Oui, le hantavirus circule déjà en France depuis plusieurs années, même si cette infection reste rare sur le territoire. Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’actualité autour du MV Hondius, les autorités sanitaires françaises surveillent les hantavirus depuis longtemps, notamment dans certaines régions rurales et forestières du nord-est du pays.
Chaque année, des cas humains sont recensés en France. Selon les données du Centre national de référence (CNR) des hantavirus, intégré à l’Institut Pasteur de Paris, 19 cas confirmés d’infection récente ont été enregistrés entre janvier et mars 2026. Ce chiffre reste cohérent avec les niveaux habituellement observés dans le pays.
Depuis 2005, le nombre annuel de cas diagnostiqués en France varie généralement entre une dizaine et quelques centaines selon les années, principalement sous la forme de fièvres hémorragiques avec syndrome rénal liées au virus Puumala.
Le hantavirus reste donc une maladie rare, mais bien réelle. La majorité des Français ne seront jamais exposés au virus, mais certaines activités ou environnements augmentent le risque de contamination : nettoyage de caves ou de greniers, manipulation de bois stocké, travaux agricoles ou fréquentation de zones forestières infestées par des rongeurs.
La surveillance repose principalement sur le Centre national de référence de l’Institut Pasteur, qui analyse les cas détectés, identifie les souches virales circulantes et suit l’évolution épidémiologique du virus en France. Cette veille sanitaire permet également de détecter rapidement l’apparition de formes inhabituelles ou de nouveaux risques liés à des souches plus sévères comme le virus Andes actuellement surveillé au niveau international.
Quels hantavirus sont présents en France ?
Le virus Puumala en métropole
En métropole, le principal hantavirus retrouvé chez l’être humain est le virus Puumala. Cette souche appartient aux hantavirus dits du “Vieux Monde”, présents principalement en Europe et en Asie. Elle est responsable de la majorité des cas français recensés chaque année.
Le virus Puumala est transmis principalement par le campagnol roussâtre, un petit rongeur vivant dans les forêts, les zones humides et certains espaces ruraux. La contamination humaine survient surtout lors de l’inhalation de poussières contaminées par les urines ou les excréments de ces rongeurs.
Les infections provoquées par le virus Puumala entraînent généralement une forme appelée néphropathie épidémique, une forme de fièvre hémorragique avec syndrome rénal. Les symptômes associent souvent :
- fièvre ;
- fatigue importante ;
- douleurs musculaires ;
- maux de tête ;
- atteinte rénale le plus souvent transitoire.
Dans la majorité des cas, les formes observées en France métropolitaine restent modérées et évoluent favorablement avec une prise en charge médicale adaptée.
Le hantavirus Maripa en Guyane
En Guyane française, une autre souche beaucoup plus rare mais plus sévère a été identifiée : le hantavirus Maripa. Contrairement au virus Puumala, ce hantavirus peut provoquer un syndrome pulmonaire grave avec détresse respiratoire aiguë.
Depuis 2008, onze cas de syndrome pulmonaire à hantavirus Maripa ont été recensés en Guyane française, dont plusieurs décès. Même si le nombre total de cas reste faible, cette souche attire une attention particulière en raison de sa gravité potentielle.
Les symptômes observés peuvent inclure :
- fièvre ;
- douleurs musculaires ;
- essoufflement ;
- détresse respiratoire rapide ;
- insuffisance respiratoire sévère dans les formes graves.
Cette différence entre les formes métropolitaines généralement rénales et les formes pulmonaires plus graves observées en Guyane illustre la diversité des hantavirus présents sur le territoire français.
Quelles régions françaises sont les plus touchées ?
Les cas de hantavirus en France restent relativement rares, mais certaines régions présentent un risque plus élevé en raison de la présence de rongeurs réservoirs et d’environnements favorables à la circulation du virus. Les zones rurales, forestières et agricoles sont les plus concernées.
Hauts-de-France
Les Hauts-de-France figurent parmi les principales zones françaises historiquement touchées par le hantavirus, notamment dans l’Avesnois et certaines parties du département du Nord. Ces territoires forestiers et humides favorisent la présence du campagnol roussâtre, principal réservoir du virus Puumala en France.
Les contaminations surviennent surtout lors d’activités exposant aux poussières contaminées :
- nettoyage de caves ou greniers ;
- travaux forestiers ;
- manipulation de bois ;
- activités agricoles.
Dans cette région, les formes observées sont principalement des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal, généralement moins sévères que les formes pulmonaires américaines.
Ardennes et Grand Est
Les Ardennes et plus largement certaines zones du Grand Est font également partie des régions françaises où la circulation du hantavirus est connue depuis plusieurs décennies. Les nombreux habitats forestiers et les zones rurales offrent des conditions favorables au maintien des populations de rongeurs porteurs du virus Puumala.
Des cas humains y sont régulièrement recensés, en particulier chez les personnes travaillant en forêt, dans l’agriculture ou fréquentant des bâtiments fermés où des rongeurs ont circulé.
Bourgogne-Franche-Comté et Jura
La Bourgogne-Franche-Comté et le massif du Jura figurent également parmi les territoires concernés par les hantavirus en métropole. La présence de rongeurs réservoirs dans les zones boisées et agricoles contribue à maintenir une circulation discrète mais persistante du virus.
Les activités agricoles, le stockage du bois, le nettoyage de dépendances ou les travaux dans des bâtiments peu ventilés augmentent le risque d’exposition aux aérosols contaminés.
Guyane française
La Guyane française présente une situation différente du reste du territoire. Plusieurs cas liés au hantavirus Maripa y ont été identifiés depuis 2008. Cette souche est associée à des formes pulmonaires beaucoup plus sévères que celles observées avec le virus Puumala en métropole.
Les infections peuvent évoluer rapidement vers :
- une détresse respiratoire aiguë ;
- une insuffisance pulmonaire sévère ;
- des complications potentiellement mortelles.
Même si les cas restent rares, plusieurs décès ont été recensés en Guyane, ce qui explique la surveillance particulière mise en place dans ce territoire.

Quels rongeurs transmettent le hantavirus en France ?
Le hantavirus est une zoonose, c’est-à-dire une maladie transmise de l’animal à l’être humain. Les principaux réservoirs du virus sont certains rongeurs sauvages, capables d’héberger le virus sans être malades eux-mêmes. Chaque type de hantavirus est généralement associé à une espèce de rongeur et à une zone géographique précise.
En France métropolitaine, le principal rongeur impliqué est le campagnol roussâtre, réservoir du virus Puumala. Ce petit mammifère vit surtout dans les zones forestières humides du nord-est du pays.
D’autres rongeurs peuvent également jouer un rôle dans la circulation de certains hantavirus, selon les régions du monde et les virus concernés. Pour éviter toute confusion, il faut distinguer le virus Puumala, principalement lié au campagnol roussâtre en métropole, des autres hantavirus associés à d’autres réservoirs.
La contamination humaine survient principalement lorsque des particules virales présentes dans les urines, les excréments ou la salive des rongeurs sont remises en suspension dans l’air. On parle alors d’aérosols contaminés.
Les situations les plus à risque sont notamment :
- le nettoyage de caves ou greniers ;
- les bâtiments fermés longtemps inoccupés ;
- la manipulation de bois stocké ;
- les travaux agricoles ou forestiers ;
- les environnements poussiéreux où des rongeurs ont circulé.
Le virus ne se transmet donc pas par une simple présence de rongeurs dans l’environnement, mais surtout lors de l’inhalation de poussières contaminées.
Le cas particulier du virus Andes
Le virus Andes, actuellement au cœur du cluster du MV Hondius, est associé à des rongeurs vivant en Amérique du Sud, notamment dans certaines zones d’Argentine et du Chili. Il ne correspond pas au hantavirus habituellement rencontré en France métropolitaine.
Les investigations menées autour du MV Hondius suggèrent que les premiers passagers infectés auraient probablement été exposés au virus avant l’embarquement, lors d’activités en Amérique du Sud.
Contrairement aux hantavirus européens, le virus Andes est particulièrement surveillé car il fait partie des rares souches pour lesquelles une transmission interhumaine limitée a déjà été observée lors de contacts étroits et prolongés. Cette caractéristique explique la forte mobilisation actuelle des autorités sanitaires internationales autour du cluster du MV Hondius.
Peut-on attraper le hantavirus chez soi ?
Oui, il est possible d’attraper le hantavirus à domicile, mais ce type de contamination reste rare. Le risque concerne surtout les lieux fermés où des rongeurs infectés ont pu laisser des urines, des excréments ou de la salive pendant plusieurs jours ou semaines.
Les situations les plus à risque concernent notamment :
- les caves ;
- les garages ;
- les greniers ;
- les maisons secondaires restées inoccupées ;
- les cabanes ;
- les bâtiments agricoles ;
- les hangars ou réserves de bois.
Le danger apparaît principalement lors du nettoyage ou de la remise en état de ces espaces. Si des rongeurs y ont circulé, des particules virales peuvent être présentes dans les poussières accumulées au sol ou sur les surfaces.
Les autorités sanitaires rappellent toutefois que le hantavirus n’est pas un virus très contagieux dans la vie quotidienne. La majorité des contaminations surviennent après une exposition importante à des poussières contaminées dans des espaces fermés et mal ventilés.

Pourquoi les lieux fermés sont plus à risque ?
Les lieux fermés favorisent la concentration de particules contaminées dans l’air, surtout lorsqu’ils n’ont pas été ventilés depuis longtemps. Lorsque des urines ou des déjections de rongeurs sèchent, elles peuvent se transformer en fines poussières invisibles.
Le principal mécanisme de contamination est appelé aérosolisation : des particules contaminées sont remises en suspension dans l’air puis inhalées par la personne exposée.
Certaines actions augmentent particulièrement le risque :
- balayer un sol poussiéreux à sec ;
- déplacer du bois ou des cartons potentiellement souillés ;
- nettoyer une pièce fermée sans aération préalable.
Le manque de ventilation favorise également l’accumulation des particules virales dans l’air ambiant.
C’est pourquoi les autorités sanitaires recommandent systématiquement :
- d’aérer les locaux avant toute intervention ;
- d’humidifier les surfaces avant nettoyage ;
- de porter des gants et un masque ;
- d’utiliser l’aspirateur plutôt que le balai ;
- de ne pas utiliser de jet d’eau à haute pression.
Le hantavirus peut-il se transmettre entre humains ?
La transmission du hantavirus entre humains est considérée comme rare. Dans la grande majorité des cas recensés dans le monde, l’infection survient après une exposition à des rongeurs infectés ou à des poussières contaminées par leurs urines et excréments.
Cependant, certaines souches particulières peuvent se transmettre d’une personne à une autre dans des circonstances spécifiques. C’est notamment le cas du virus Andes, actuellement impliqué dans le cluster du MV Hondius.
Les données scientifiques disponibles montrent que cette transmission interhumaine semble nécessiter :
- des contacts étroits et prolongés ;
- une proximité importante avec une personne malade ;
- souvent un partage d’espaces clos pendant plusieurs heures ou plusieurs jours.
Les épisodes de transmission entre humains documentés concernent principalement des clusters familiaux ou hospitaliers observés en Argentine et au Chili depuis les années 1990.
Contrairement à des virus respiratoires très transmissibles, les autorités sanitaires internationales ne considèrent pas le hantavirus Andes comme un virus se diffusant facilement dans la population générale. L’OMS rappelle que le risque mondial reste faible et que les contaminations observées concernent surtout des situations de proximité prolongée.
Dans le cas du MV Hondius, les investigations cherchent actuellement à déterminer si certaines contaminations ont pu se produire entre passagers après une exposition initiale en Argentine. Plusieurs éléments épidémiologiques suggèrent une possible transmission limitée à bord du navire, mais les investigations scientifiques sont toujours en cours.
Cette possibilité explique néanmoins les importantes mesures de précaution mises en place en France et en Europe :
- isolement des cas confirmés ;
- surveillance des cas contacts ;
- quarantaine pouvant aller jusqu’à 42 jours ;
- suivi médical renforcé des personnes exposées.
Quels symptômes doivent alerter après une exposition ?
Après une exposition potentielle au hantavirus — contact avec des rongeurs, nettoyage d’un lieu contaminé ou contact étroit avec un cas confirmé de virus Andes — il est important de surveiller l’apparition de symptômes pendant plusieurs semaines. Dans le contexte de l’alerte de mai 2026, les autorités sanitaires retenaient un délai compatible de 1 à 6 semaines après exposition. Pour les formes rénales, l’incubation peut varier d’une semaine à deux mois.
Les premiers signes peuvent ressembler à une grippe classique avant d’évoluer, dans certains cas, vers des formes plus sévères.
Les premiers symptômes
Les symptômes précoces du hantavirus sont souvent peu spécifiques, ce qui peut compliquer le diagnostic au début de l’infection.
Les signes les plus fréquents sont :
- une forte fièvre ;
- une fatigue importante ;
- des douleurs musculaires diffuses ;
- des céphalées ;
- des frissons ;
- une sensation de malaise général.
Des troubles digestifs peuvent également apparaître :
- nausées ;
- vomissements ;
- diarrhée ;
- douleurs abdominales.
Ces symptômes peuvent être observés dans les infections à hantavirus, mais ils ne suffisent pas à poser le diagnostic. Le contexte d’exposition reste déterminant.
Les signes graves
Dans certaines situations, l’état de santé peut s’aggraver rapidement après quelques jours. Les formes sévères concernent surtout les hantavirus pulmonaires comme le virus Andes ou le hantavirus Maripa observé en Guyane française.
Les signes d’alerte incluent :
- un essoufflement important ;
- une détresse respiratoire aiguë ;
- une oppression thoracique ;
- une aggravation rapide de l’état général ;
- une fatigue extrême ;
- une diminution des urines ;
- une atteinte rénale nécessitant une surveillance médicale insuffisance rénale.
Les formes pulmonaires graves peuvent évoluer vers une insuffisance respiratoire nécessitant une hospitalisation en réanimation. Les formes européennes provoquent plus souvent une atteinte rénale appelée fièvre hémorragique avec syndrome rénal.