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La septicémie : un pronostic vital engagé
Comment détecter une septicémie ?

La septicémie, nommée « sepsis » dans le milieu médical, correspond à une inflammation généralisée de l’organisme, d’origine infectieuse.

Dans le monde, 11 millions de personnes décèderaient chaque année d’une septicémie, soit 1 décès sur 5 d’après l’OMS. 

En France, plus de 250 000 cas de sepsis sont recensés tous les ans, avec une mortalité de plus de 25%. À cause du vieillissement de la population, les cas pourraient doubler d’ici cinquante ans.

Qu’est-ce que la septicémie ?



Définition de la septicémie


La septicémie est un terme créé en 1837 par Pierre Piorry, un médecin français, signifiant en grec « putréfaction du sang ». Le terme septicémie désigne donc la présence d’agents infectieux (des bactéries la plupart du temps, mais aussi des champignons ou des virus) dans le sang.

La septicémie a porté plusieurs noms : syndrome de réponse inflammatoire systémique (SRIS), état septique, sepsis grave… Aujourd’hui, la communauté médicale préfère le terme anglo-saxon « sepsis », jugé plus adapté.

La septicémie est considérée comme « un dysfonctionnement d'organes potentiellement mortel, résultant d’une réponse dérégulée de l'hôte à l'infection, et dont la forme la plus grave est le choc septique » (selon l’Institut Pasteur).

Le choc septique, quant à lui, est un sepsis avec une défaillance circulatoire, cellulaire et métabolique. Il se manifeste par une chute de la tension artérielle qui menace le pronostic vital et une défaillance des organes.

 



Comment attrape-t-on une septicémie ? 

 

La septicémie est la conséquence d’une infection grave, qui démarre généralement localement et qui se généralise.

L’infection peut débuter au niveau du péritoine (péritonite), des poumons (pneumonie), du système urinaire (infection urinaire, cystite ou pyélonéphrite), d’un cathéter… La septicémie peut également se déclarer après un acte invasif, telle qu’une chirurgie, ou plus généralement à l’hôpital. On parle alors d’infection nosocomiale.

Chez la plupart des patients, ces infections ne provoquent pas de septicémies. En général, l’infection devient systémique chez des individus déjà fragilisés ou au système immunitaire affaibli : les personnes âgées, les nourrissons, les personnes présentant certaines maladies chroniques… Mais la septicémie peut également toucher des sujets sans affection préalable.

Toutes les bactéries peuvent être responsables de sepsis, même celles présentes naturellement sur et dans notre corps, normalement inoffensives. Mais lorsqu’elles se propagent dans la circulation sanguine, des toxines peuvent être libérées. Notre corps, dans le but de nous défendre, produit alors des médiateurs inflammatoires appelées « cytokines ». 

La production de ces cytokines est tellement importante en cas de septicémie qu’on l’appelle « orage cytokinique ». Leur présence massive engendre alors des effets indésirables :

  • Une dilatation des vaisseaux sanguins, diminuant la tension artérielle
  • La formation de caillots au niveau des petits vaisseaux à l’intérieur de nos organes

Les altérations provoquées par la septicémie peuvent provoquer des séquelles fonctionnelles à long-terme.

 

Cas particuliers de septicémie

Dans le cas du syndrome de choc toxique, les bactéries ne se propagent pas dans la circulation sanguine mais sécrètent quand même des toxines responsables d’une septicémie. On peut retrouver ce choc toxique chez des patientes, souvent jeunes, suite à l’utilisation de tampons hygiéniques. Ce phénomène reste heureusement toutefois rare.

La septicémie peut également être secondaire à une infection fongique (par un champignon, tel que Candida) ou virale (SARS-Cov2, influenza H1N1…).

 



Comment détecter une septicémie ?

La tachycardie est l’un des symptômes de la septicémie

Quels sont les signes de la septicémie ?


Si je souffre d’une septicémie, voici les symptômes que je peux vivre :

  • Ma température corporelle est très élevée (fièvre) ou alors très basse (hypothermie)
  • Je frissonne et me sens faible
  • Une chaleur et rougeur au niveau de ma peau

Selon l’origine de mon infection, des symptômes spécifiques peuvent apparaître. Par exemple, si l’infection est pulmonaire (pneumonie), je peux tousser, avoir une gêne dans la poitrine et des difficultés respiratoires.

Dans tous les cas, si ma septicémie s’aggrave, je vais alors ressentir :

  • Une accélération de mon rythme cardiaque
  • Une accélération de ma respiration
  • Une confusion mentale et une baisse de vigilance
  • Une chute de ma tension artérielle
  • Une baisse du volume et de la fréquence de mes urines
  • Ma peau peut devenir froide et prendre un aspect pâle, bleuté ou marbré

 

 

Facteurs de risques de la septicémie


La septicémie touche plutôt les personnes fragiles dont les capacités de lutte contre les infections sont réduites :

  • Aux âges extrêmes de la vie : les nouveau-nés (sepsis néonatal) et les personnes âgées
  • Pendant la grossesse ou après l’accouchement (sepsis puerpéral, rare dans les pays occidentaux)
  • A l’hôpital (infection nosocomiale)
  • Avec un système immunitaire altéré : dû à des pathologies chroniques (diabète, cirrhose, SIDA, cancer…) ou certains traitements médicamenteux (chimiothérapie, corticoïdes…)

La septicémie est également plus rencontrée chez les patients portant du matériel médical, tel qu’un cathéter, une sonde urinaire, un drain, etc. Mais également chez les porteurs de valves cardiaques.

De plus, l’injection de drogues à usage récréatif engendre un risque par l’utilisation d’aiguilles non stériles.

Enfin, la présence d’une infection due à une bactérie résistante aux antibiotiques peut entraîner une septicémie.

Peut-on guérir d’une septicémie ?

 

Complications de la septicémie : le pronostic vital engagé ?


La septicémie constitue une urgence thérapeutique. De par son aspect systémique, elle met en péril le bon fonctionnement des organes vitaux (reins, poumons, cœur et cerveau) et donc de l’organisme tout entier.

En effet, le flux sanguin arrivant aux organes vitaux diminue, entraînant des dysfonctionnements organiques. Le cœur tente de compenser et s’épuise, aggravé par la présence des toxines bactériennes. En parallèle, les organes ne recevant pas assez d’oxygène libèrent de l’acide lactique, qui acidifie le sang (acidose). Cela s’inscrit dans un cercle vicieux de défaillance des organes liée à la septicémie :

  • Les reins ne filtrent plus correctement le sang, les déchets métaboliques s’y accumulent
  • Les liquides sortent des vaisseaux sanguins lésés, provoquant des œdèmes 
  • Les poumons s’engorgent de liquide, entraînant des difficultés respiratoires

En cas de septicémie, le pronostic vital est donc engagé et, sans traitement, l’issue est le plus souvent la mort.

L’admission en soins intensifs est généralement recommandée pour traiter l’infection et maintenir les fonctions vitales. Avec un traitement, le risque de décès reste d’environ 30 à 40% chez les patients atteints de choc septique.

Ces chiffres varient évidemment selon la rapidité d’intervention, le type d’agent infectieux et l’état de santé du patient.

Si je pense avoir une septicémie, je n’attends pas et me rends aux urgences ou j’appelle le 15 au plus vite. 



Diagnostic et traitement de la septicémie

Pour confirmer la septicémie, une analyse sanguine sera réalisée. Elle y recherchera la présence de bactéries (bactériémie) ou d’autres agents infectieux, ainsi qu’un nombre anormal de globules blancs (leucocytes).

D’autres analyses permettront de déterminer l’origine de l’infection et d’évaluer la gravité : 

  • Imagerie médicale : radiographies thoraciques, échographie, IRM…
  • Prélèvement de liquides et tissus biologiques pour y rechercher des bactéries : urine, liquide céphalorachidien, expectorations, tissu au niveau des plaies…
  • Dosages sanguins d’acide lactique ou d’autres déchets métaboliques confirmant le dysfonctionnement des organes lié à la septicémie
  • Oxymétrie : mesurant l’oxygène sanguin, pour évaluer le fonctionnement des vaisseaux sanguins et des poumons
  • Electrocardiogramme (ECG) : pour vérifier le fonctionnement du cœur 

La recherche de la voie d’entrée de l’infection est importante car elle conditionne la qualité du traitement antibiotique. De plus, dans le cas d’une entrée sur un matériel invasif, son ablation sera recommandée.

Dans 50% des cas de septicémie, l’origine est pulmonaire, dans 20%, hépato-digestive, dans 10% urinaire. Les 20% restants se répartissent entre les autres origines, parfois non-identifiées.

C’est pourquoi, en cas de choc septique inexpliqué, on recherche systématiquement une infection pulmonaire (par une radiographie thoracique) et urinaire (par une bandelette ou un examen cytobactériologique des urines, appelé ECBU). L’échographie abdominale peut permettre de dépister un foyer profond abdominal, vésiculaire ou urinaire.

Une fois la septicémie diagnostiquée, le traitement doit être mis en place rapidement.

Le traitement de la septicémie consiste en :

  • L’administration d’antibiotiques en vue d’éliminer l’agent infectieux
  • Une oxygénothérapie, afin de réacheminer de l’oxygène aux différents organes faiblement approvisionnés
  • L’ajout de solutés par voie intraveineuse
  • Parfois, un traitement médicamenteux pour rétablir la tension artérielle

NB : Malgré les avancées spectaculaires de compréhension des mécanismes de la septicémie sur les dernières décennies, le traitement spécifique du sepsis reste globalement le même depuis 20 ans.

 

 

Les séquelles possibles d’une septicémie

L'insuffisance cardiaque est une des séquelles possibles de la septicémie

Dans le cas d’une septicémie, la libération massive de cytokines peut engendrer des séquelles à plus ou moins long-terme. Près de 25% des patients qui y survivent présentent, plus de 3 mois après, des altérations cognitives.

En cas de prise en charge tardive, la septicémie peut avoir des séquelles sur les organes lésés, telle qu’une insuffisance cardiaque ou une insuffisance rénale chronique.

Enfin, le manque d’oxygénation prolongé des organes et des membres peut aboutir à une gangrène des tissus, nécessitant parfois une amputation.

C’est pourquoi il est essentiel d’avoir une prise en charge médicale la plus précoce possible. Si je me reconnais dans les symptômes, je n’attends pas : j'appelle le 15 ou me rends aux urgences dans les plus brefs délais.


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Propos écrits par Amanda Huguet-Millot, Diététicienne-Nutritionniste et Ingénieure en Alimentation & Santé

 

Sources : 

  • Collège des enseignants de médecine intensive-réanimation. Médecine intensive, réanimation, urgences et défaillances viscérales aiguës. Sepsis, choc septique et cas particulier du purpura fulminans. Editions Elsevier-Masson 6ème édition - 2018
  • Institut Pasteur – Sepsis / Septicémie
  • VIDAL – Sepsis : tous unis contre un fléau méconnu