Cancer de la prostate : les avancées de l'ESMO 2026
Contenu validé par Déborah Lachkar
Article publié le 5 novembre 2026.
Contenu validé par Dr Déborah Lachkar, docteur en pharmacie.
L'essentiel en 30 secondes
- Selon l'Institut national du cancer (mise à jour du 17 juillet 2026), le cancer de la prostate représente le cancer le plus fréquent chez l'homme en France avec 59 885 nouveaux cas estimés en 2018 et 9 002 décès enregistrés en 2023.
- Au congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO) qui s’est tenu à Madrid du 23 au 27 octobre 2026, l'essai PEACE-1 a démontré que l’ajout d'abiratérone au traitement standard d'un cancer de la prostate métastatique portait la survie médiane de 4,4 à 6,2 ans.
- L'abiratérone n'étant pas un nouveau médicament, la nouveauté réside dans la preuve du bénéfice durable qu’elle offre après presque 8 ans de suivi.
- Chez des patients présentant un cancer localisé à très haut risque, l'essai DASL-HiCaP a démontré que l’ajout de darolutamide permettait d’améliorer la survie sans métastase pour 95 % des hommes à 4 ans contre 88 % avec le placebo, sans gain de survie globale démontré à ce stade.
- À l’heure actuelle en France, il n’existe pas de programme national de dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du PSA.
Cette année, le congrès 2026 de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO) n'a pas présenté de médicament inédit contre le cancer de la prostate mais une association de traitements existants aux bénéfices prometteurs pour les hommes diagnostiqués d'emblée avec des métastases.
Notons que ces résultats ne concernent pas tous les patients et ne modifient pas les recommandations françaises sur le dépistage, qui demeure une décision individuelle à prendre en concertation avec son médecin.
Cancer de la prostate métastatique : une trithérapie améliore durablement la survie
Ajouter l'abiratérone au traitement standard améliorerait nettement la survie des hommes atteints d’un cancer de la prostate métastatique dès le diagnostic. C'est ce que suggèrent les résultats à long terme de l'essai français PEACE-1, présenté à l'ESMO 2026 par le Pr Karim Fizazi (Centre Oscar Lambret, Lille).
En pratique, l'essai a inclus 1 173 hommes présentant un cancer de la prostate métastatique dit « hormonosensible » (sa croissance dépend encore de la testostérone, ce qui le rend sensible à l'hormonothérapie). Ces patients ont été suivis pendant une durée médiane de 7,7 ans. Selon The ASCO Post (26 octobre 2026), parmi ces patients, 710 ont été pris en charge au moyen d’un traitement standard par hormonothérapie et chimiothérapie (docétaxel). L'ajout d'abiratérone a ainsi porté la survie médiane de 4,4 à 6,2 ans.
Huit ans après le diagnostic, 45,7 % des patients sous trithérapie étaient en vie, contre 27,1 % dans le groupe de patients sans abiratérone (CancerNetwork, 25 octobre 2026), ce qui confirme un bénéfice durable de cette association.

Rappelons que la survie individuelle dépend de l’état général du patient, de l’étendue de sa maladie et de sa réponse au traitement. Cette trithérapie a pour objectif d’enrayer la progression du cancer sur plusieurs fronts. Elle s’appuie sur l’association entre :
- Hormonothérapie (privation androgénique) : traitement qui supprime la production de testostérone, une hormone qui favorise la production de cellules cancéreuses prostatiques
- Docétaxel : chimiothérapie administrée par perfusion.
- Abiratérone : hormonothérapie de nouvelle génération sous forme de comprimés administrés par voie orale, qui bloque aussi la production de testostérone par d'autres tissus que les testicules.
Si aucun nouveau signal de sécurité n'a été observé à long terme, le traitement par trithérapie peut néanmoins provoquer des effets indésirables importants comme une hypertension sévère survenue chez 21 % des patients sous trithérapie, contre 14 % sans abiratérone (The ASCO Post, 2026).
Pourquoi parle-t-on de « nouveau traitement » ?
L'abiratérone n'est pas un médicament nouveau vu qu’elle est déjà utilisée dans certaines formes de cancer avancé de la prostate. Ce qui est inédit, c'est la preuve, après presque 8 ans de suivi, que l'association des trois traitements dès le diagnostic apporte un bénéfice de survie durable pour les patients.
Les premiers résultats de PEACE-1 avaient déjà été publiés en 2022. L'ESMO 2026 en confirme la solidité sur le long terme. Précisons néanmoins que le choix de la trithérapie est individualisé en fonction du profil de chaque patient.
Cancer localisé à très haut risque : le darolutamide retarde l'apparition des métastases
La session présidentielle de l'ESMO 2026 a également mis en avant les résultats intermédiaires de l'essai international DASL-HiCaP relatif au darolutamide. Chez les hommes présentant un cancer encore limité à la prostate mais à très haut risque d'évoluer, l’ajout de darolutamide à la radiothérapie et à l'hormonothérapie réduirait le risque de métastases.
En effet, selon OncoDaily (24 octobre 2026), sur les 1 106 hommes âgés de 71 ans en médiane de cette étude, 95 % de ceux traités par darolutamide pendant environ deux ans n’ont pas présenté de métastases à 4 ans, contre 88 % des hommes du groupe placebo.
Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence quant au bénéfice sur la survie globale et la tolérance du darolutamide :
- la différence de survie globale à 4 ans n'est pas statistiquement significative (97 % sous darolutamide contre 95 % sous placebo) ;
- les effets indésirables graves toutes causes confondues sont un peu plus fréquents : 43 % sous darolutamide contre 36 % sous placebo (CURE, 2026) ;
- le darolutamide n'est pas autorisé pour cette indication précise et les résultats ne sont pas encore publiés dans une revue scientifique (CURE, 2026).
Les autres résultats présentés sur la prostate
D'autres résultats ont également été présentés comme ceux de l'essai PROTEUS qui teste l'apalutamide, une autre hormonothérapie de nouvelle génération, avant et après l'ablation chirurgicale de la prostate. Une sous-étude menée sur 408 patients a entrepris de comparer la chirurgie seule avec l’association apalutamide/suppression androgénique administrée avant et après l’opération.
Il en ressort qu’à 3 ans, 63 % des patients étaient sans récidive, métastase ou décès avec l'apalutamide, contre 41,4 % dans le groupe ayant reçu la chirurgie seule (OncoDaily, 2026). Notons que le bénéfice sur la survie globale n’est pas encore établi et que cette stratégie ne s’adresse pas à tous les patients.
Ce que ces résultats changent pour les patients
Ces résultats témoignent d’une avancée importante dans la prise en charge du cancer de la prostate : l’intensité des traitements proposés est adaptée au risque d’évolution de la maladie. Pour chaque patient, le choix d'un traitement dépend du stade du cancer, de son agressivité, de son âge et de son état de santé général. La stratégie thérapeutique est ainsi discutée en réunion de concertation pluridisciplinaire.
Le cancer de la prostate reste, dans la grande majorité des cas, un cancer de bon pronostic lorsque la maladie est détectée à stade précoce. Selon l'Institut national du cancer (mise à jour du 17 juillet 2026), la survie à 5 ans atteint 93 % pour les hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015. L'âge médian au diagnostic était de 69 ans en 2018 (Institut national du cancer, 2026).
Dépistage du cancer de la prostate : que disent les autorités de santé ?
Contrairement au cancer du sein, le cancer de la prostate ne fait pas l’objet d’un programme national de dépistage organisé en France. Par ailleurs, le dépistage systématique par dosage sanguin du PSA (antigène prostatique spécifique) n’est pas recommandé chez les hommes ne présentant pas de symptôme.
Selon l'Assurance Maladie, le bénéfice de ce dépistage sur la mortalité n'est pas clairement démontré. Un taux de PSA faible n'exclut pas un cancer dans environ 10 % des cas.
La Haute Autorité de santé (4 avril 2012) ne recommande pas ce dépistage, y compris chez les hommes à risque plus élevé. Elle souligne des effets délétères clairement identifiés, alors que les bénéfices ne sont pas établis.
Le principal risque est en effet le surdiagnostic : détecter un cancer qui n'aurait jamais provoqué de symptôme ni de décès, et exposer le patient à des traitements inutiles. Selon le Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS (5 septembre 2024), la forte hausse récente des cas en Europe est probablement liée à la fréquence des tests PSA.
L’association française d’urologie (AFU) prône quant à elle une approche plus individualisée. Elle recommande ainsi une démarche de détection précoce chez les hommes porteurs de mutations génétiques prédisposantes.
En ce mois de “Movember”, dédié à la santé masculine, l’essentiel consiste à en parler avec son médecin qui peut aider le patient à peser les avantages et les inconvénients d’une telle démarche selon son âge et ses antécédents familiaux.
Ce qu'il faut retenir
- L'ESMO 2026 a confirmé le bénéfice durable de traitements existants dans certaines formes du cancer de la prostate métastatique dès le diagnostic. Il s’agit de l’association abiratérone/suppression androgénique/docétaxel. Dans le cancer métastatique dès le diagnostic, la trithérapie avec abiratérone fait passer la survie médiane de 4,4 à 6,2 ans (essai PEACE-1).
- Dans le cancer localisé à très haut risque, le darolutamide aide à réduire le risque de métastases, sans gain de survie démontré à ce stade (essai DASL-HiCaP).
- Renforcer les traitements avant et après la chirurgie serait également une perspective envisageable selon l’essai PROTEUS.
- Dans tous les cas, le choix d'une stratégie thérapeutique doit être le fruit d’une concertation pluridisciplinaire qui tient compte du stade de la maladie et du profil du patient.
- En France, le dépistage par PSA n'est pas recommandé de façon systématique. Une démarche individuelle de détection précoce peut cependant être discutée avec le médecin en fonction des facteurs de risque.
Questions fréquentes
Quel est le nouveau traitement du cancer de la prostate dont on parle en 2026 ?
Il ne s’agit pas d’un nouveau médicament, mais de l’association à l'hormonothérapie et à la chimiothérapie de l'abiratérone, une molécule déjà utilisée. Présentée à l'ESMO 2026, cette trithérapie prolonge la survie médiane de près de deux ans chez les hommes atteints d’un cancer de la prostate métastatique dès le diagnostic (The ASCO Post, 2026).
Ce traitement concerne-t-il tous les cancers de la prostate ?
Non. Les résultats de PEACE-1 concernent uniquement les cancers métastatiques dès le diagnostic et encore sensibles à l'hormonothérapie. Environ 80 % des cancers de la prostate sont découverts alors qu'ils sont encore localisés (Santé.fr, mise à jour du 1er octobre 2026).
Faut-il faire un dosage du PSA à partir de 50 ans ?
Aucune autorité de santé ne recommande un dosage systématique du PSA chez les hommes sans symptôme (Assurance Maladie). Il s’agit d’une démarche individuelle de détection précoce à prendre avec son médecin après avoir été informé des bénéfices et des risques.
Le cancer de la prostate se soigne-t-il bien ?
Dans la majorité des cas, oui : la survie à 5 ans atteint 93 % pour les hommes diagnostiqués entre 2010 et 2015 (Institut national du cancer, 2026). Le pronostic dépend surtout du stade de la maladie au moment du diagnostic et de son agressivité.
Sources
- Institut national du cancer - Epidémiologie des cancers de la prostate, mise à jour du 17 juillet 2026
- Institut national du cancer - Le dépistage du cancer de la prostate, novembre 2025
- Santé.fr (information de l'Institut national du cancer) - Le cancer de la prostate, mise à jour du 1er octobre 2026
- Assurance Maladie - Le dépistage du cancer de la prostate, 6 novembre 2025
- Haute Autorité de santé - Cancer de la prostate : identification des facteurs de risque et pertinence d'un dépistage par dosage de l'antigène spécifique de la prostate (PSA) de populations d'hommes à haut risque ?, mise en ligne du 4 avril 2012
- Centre international de recherche sur le cancer (OMS) - New IARC study highlights that the recent large increases in prostate cancer incidence in Europe are probably driven by PSA testing, 5 septembre 2024
- The ASCO Post - Triplet Therapy With Abiraterone Improves OS Long-Term in Metastatic Castration-Sensitive Prostate Cancer, 26 octobre 2026
- CancerNetwork - Abiraterone Shows Durable Survival Benefit in De Novo Metastatic CSPC, 25 octobre 2026
- OncoDaily - DASL-HiCaP at ESMO 2026: Darolutamide Plus ADT and Radiotherapy in Very High-Risk Prostate Cancer, 24 octobre 2026
- OncoDaily - Key Updates in GU Oncology From ESMO 2026
- CURE - Top 5 Takeaways From ESMO 2026 That Patients Should Know
- AFU - Urofrance | Recommandations françaises du comité de cancérologie de l’AFU – Actualisation 2024–2026 : cancer de la prostate – diagnostic et prise en charge de la maladie localisée - Urofrance, 2024
- Haute autorité de santé - IBIRON (abiratérone), 27 octobre 2023
- Vidal - Abiratérone : substance active à effet thérapeutique, 16 janvier 2013