Santé décomplexée

Mentalo : Une appli pour décoder le bien-être mental des jeunes

Rédigé par L'équipe de rédaction de MEDADOM | 25/02/25 15:00

Le bien-être psychique des jeunes est devenu un sujet de préoccupation majeur ces dernières années. En France, des études menées par l’Inserm et Santé publique France soulignent une hausse des signes de détresse chez les 11-24 ans, parfois associée à l’angoisse liée à l’avenir, au climat ou aux tensions familiales.

Dans cette optique, l’équipe à l’origine de Mentalo a souhaité créer un outil participatif pour repérer les facteurs susceptibles de nuire ou, au contraire, de favoriser l’équilibre mental des adolescents et jeunes adultes.

Cette application, pensée et co-construite avec la population visée, apporte un éclairage nouveau sur la façon dont les jeunes vivent leurs émotions, leurs préoccupations et leurs espoirs.

 

Enjeux du bien-être mental chez les jeunes

Une réalité complexe : de l’anxiété à la dépression

La santé mentale n’est pas figée. Elle varie selon le vécu individuel, l’environnement social et la capacité de chacun à faire face aux aléas de la vie. Les adolescents peuvent ressentir un éventail d’émotions allant de la simple contrariété à des états plus profonds marqués par l’anxiété ou la dépression.

  • Anxiété : sentiment d’inquiétude récurrent, parfois accompagné de manifestations physiques telles que palpitations ou douleurs abdominales.
  • Dépression : tristesse persistante, perte de motivation et isolement pouvant durer plusieurs semaines ou mois.

 

Les difficultés psychologiques ne s’apparentent pas forcément à un trouble psychiatrique sévère, mais elles méritent toute l’attention nécessaire, surtout lorsqu’elles s’installent durablement. De nombreux jeunes hésitent néanmoins à se confier, par crainte de jugements ou simplement parce qu’ils ne savent pas où trouver de l’aide.

 

Facteurs aggravants et résilience

Les causes de mal-être sont multiples : pression scolaire, tensions familiales, questionnements sur l’avenir professionnel, usage intensif des écrans ou encore sentiment d’impuissance face aux crises internationales.

Les enquêtes réalisées durant la pandémie de Covid-19 montrent d’ailleurs une aggravation de l’isolement, avec une augmentation notable des consultations pour détresse psychologique chez les 15-24 ans, bien que certains s’en sortent grâce à leurs ressources personnelles ou à un bon réseau de soutien (famille, amis, mentors).

Dans ce contexte, renforcer la résilience consiste à s’appuyer sur des éléments positifs et à apprendre à composer avec les épreuves. Les programmes de prévention et les outils de suivi comme Mentalo s’inscrivent dans cette démarche, en facilitant l’identification rapide des signaux d’alerte.

 

Mentalo : une étude participative

 

Co-construction de l’application

Le projet Mentalo tire son originalité de sa création collaborative. Plus de 300 jeunes de divers horizons ont été consultés pour élaborer les questions, affiner les thématiques et veiller à une pertinence maximale. Ils ont, par exemple, incité les chercheurs à distinguer plusieurs usages des écrans (visionnage de vidéos courtes, jeux en ligne, réseaux sociaux) et à explorer les différences subtiles entre tristesse et préoccupation.

Cette approche a conduit à intégrer des questionnaires standardisés comme le PHQ‑4 (Patient Health Questionnaire for anxiety and depression), associés à des modules spécifiques conçus avec les adolescents. Le temps de réponse reste court (environ cinq minutes), favorisant une participation sans contrainte. Chaque inscrit est interrogé sur une période d’un an, à sept reprises, pour suivre l’évolution de son bien-être mental.

 

Premiers résultats et enseignements

Depuis le lancement de Mentalo, déjà 4 500 jeunes ont rejoint l’étude, qui en vise 50 000. Les données préliminaires confirment qu’environ un tiers des répondants montre des symptômes anxieux ou dépressifs d’intensité modérée à sévère.

Un sentiment de solitude ressort aussi fortement : près d’un jeune sur deux se sent fréquemment isolé et va moins bien que ceux qui déclarent être entourés. La moitié seulement évoque ses difficultés de temps à autre, tandis qu’un quart ne s’exprime jamais à ce sujet, notamment par honte.

Les écrans apparaissent à double tranchant. D’un côté, ils offrent un espace d’échange (discussions entre amis, partages créatifs) ; de l’autre, un usage excessif peut aggraver le repli social et la rumination.

À l’inverse, les jeunes pratiquant une activité sportive ou culturelle régulière semblent faire état d’un meilleur équilibre mental. Les premiers enseignements soutiennent donc l’idée qu’un repérage précoce, associé à des activités bénéfiques, contribue à limiter la dégradation du moral.

 

Vers un accompagnement personnalisé

 

Suivi longitudinal jusqu’en 2026

Mentalo récoltera des données jusqu’en mai 2026, auprès des mêmes participants. Les analyses tiendront compte de l’évolution individuelle : un adolescent angoissé en début d’année pourrait ressentir un apaisement après avoir entamé un programme de soutien ou de nouvelles activités.

Les chercheurs auront ainsi une vue d’ensemble de la dynamique mentale des jeunes et pourront déterminer, par exemple, quels facteurs interviennent lors d’un regain ou d’une baisse de moral.

Ce suivi longitudinal, étayé par un large échantillon, permettra de dégager des tendances générales et d’identifier des cas de résilience. Les équipes scientifiques collaborent aussi avec d’autres structures européennes pour croiser les informations recueillies, en vue d’améliorer la prévention et les soins en santé mentale.

 

L’apport de Mental plus : un « coaching mental »

La phase suivante consiste à développer Mental plus. Cet outil, toujours numérique, proposera un parcours d’accompagnement fondé sur les résultats individuels collectés par Mentalo. Après un bilan initial, le jeune pourra découvrir des exercices concrets visant l’apprentissage de stratégies pour gérer le stress, renforcer la confiance en soi ou maintenir un réseau social actif. 

Si un risque élevé d’altération mentale est repéré, Mental plus oriente vers des professionnels de santé ou des structures adaptées. Cette personnalisation vise à rendre le soutien plus accessible et moins stigmatisant, à l’image de ce qui se fait déjà pour le coaching sportif. Les créateurs espèrent ainsi proposer une réponse dès les premiers signaux de fragilité psychique, en privilégiant une approche de prévention.

 

 

Sources :