Que faire en cas de constipation ?
Caractérisée par une insatisfaction à l’évacuation des selles, la constipation est un symptôme le plus souvent bénin, mais qui peut avoir des retentissements sur la qualité de vie des personnes qui en sont atteintes.
La constipation toucherait 15 à 20% de la population française, le plus souvent des femmes et des personnes âgées. Pourtant, même si elle est installée depuis longtemps, il est possible de lutter contre la constipation.
Qu’est-ce que la constipation ?
Quel est le mécanisme de la constipation ?
La constipation est directement liée au transit intestinal. Pour mieux comprendre le transit et donc la constipation, il faut remonter à la digestion du bol alimentaire :
- Dans l’estomac : les aliments mâchés (par la bouche) sont malaxés et acidifiés, pour amorcer la digestion.
- Au niveau de l’intestin grêle : c’est là qu’a lieu l’absorption de la plus grande partie des nutriments.
- Dans le côlon : le bol alimentaire est transformé en selles. Il reste alors principalement des résidus non-digestibles (tels que des fibres), qui subissent une fermentation par le microbiote (bactéries du tube digestif) et produisent des gaz. Une partie de l’eau contenue dans les selles est réabsorbée, produisant des selles plus ou moins dures.
- Dans l’anus : on retrouve alors des matières fécales prêtes à être évacuées.
La fréquence normale des selles est très variable selon les individus : entre trois fois par jour et trois par semaine. Au-delà, on peut faire face à une diarrhée, avec des selles liquides, et en deçà, on parle de constipation.
La constipation est le résultat du ralentissement de la progression des matières dans le gros intestin : à cause d’un séjour prolongé dans le côlon, la réabsorption de l’eau augmente et les selles deviennent dures et difficile à évacuer.
La définition de la constipation est donc une émission trop espacée (moins de 3 fois par semaine) de selles dures et/ou compliquées à évacuer.
Quelles sont les causes de la constipation ?
Toute condition qui empêche le déplacement du contenu intestinal peut être cause de constipation.
Constipation occasionnelle
La constipation occasionnelle peut être due à :
- Du stress : à cause du travail, d’un déménagement, etc.
- Un changement d’habitudes : le décalage horaire, une modification de l’alimentation.
- Une immobilisation : l’alitement et la position allongée rend difficile l’évacuation.
- Une grossesse : par la pression mécanique exercée par le fœtus sur le rectum.
- Au fait de ne pas écouter ses besoins : repousser le moment d’aller à la selle.
Lorsque la cause de la constipation est temporaire et/ou facilement identifiable, la mise en place de conseils hygiéno-diététiques suffit souvent à régler la constipation.
Constipations secondaires
La constipation (souvent chronique) peut également être secondaire à :
- Une pathologie générale comme l’hypothyroïdie, l’hypokaliémie, l’hypocalcémie.
- La consommation de certains produits ou médicaments : antidépresseurs, dérivés opiacés, antiacides à base de sels d’aluminium.
- Des troubles psychiques comme la dépression.
- Une baisse de tonus musculaire par une immobilisation prolongée ou une sédentarité.
- Une diminution de l’efficacité du contrôle nerveux végétatif (neuropathie végétative diabétique)
- Des causes organiques (plus rares) : une sténose colique ou rectale (rétrécissement du diamètre du côlon ou du rectum) suite à une tumeur, notamment en cas de rectocolite hémorragique ou de diverticulose colique.
Constipation fonctionnelle
La constipation chronique peut être liée à un ralentissement du transit, une obstruction distale contrariant l’évacuation rectale ou les deux.
Les deux mécanismes de la constipation chronique ont souvent des sources différentes :
- Le ralentissement du transit au niveau du côlon (« côlon paresseux ») : souvent lié à la colopathie fonctionnelle.
- Les difficultés d’évacuation (« dyschésie ») : peuvent être liées à des anomalies anatomiques (dans le cas d’une descente d’organe ou d’une hernie au niveau du rectum par exemple) ou à des anomalies de fonctionnement (avec absence de relâchement du sphincter). Les selles, plus ou moins dures, sont alors difficiles à évacuer et nécessitent un effort de poussée important.
D’autres facteurs peuvent provoquer ou aggraver ces deux mécanismes de la constipation :
- Une alimentation pauvre en fibres.
- Un manque d’eau : l’hydratation est essentielle pour limiter la réabsorption d’eau dans le côlon, responsable des selles dure.
- Le manque d’activité physique.
- Certaines périodes du cycle menstruel pour les femmes, la ménopause : la progestérone (hormone sexuelle féminine) aurait un lien avec la constipation.
- Le vieillissement : pouvant entraîner une perte de sensation du besoin d’aller à la selle, un côlon paresseux, la prise de médicaments pouvant provoquer ou aggraver la constipation.
Comment différencier constipation aiguë et chronique ?
Quels sont les symptômes de la constipation ?

La constipation repose sur une perception subjective du patient : l’insatisfaction lors de la défécation. Cependant, certains critères permettent au médecin d’affiner son diagnostic : :
- Des selles peu fréquentes : moins de 3 fois par semaine.
- Des efforts de poussée lors de l’évacuation, pouvant aller jusqu’aux hémorroïdes et à la fissure anale.
- Des selles dures.
- Une gêne lors du passage des selles.
- Une impression d’évacuation incomplète.
- Un temps prolongé passé aux toilettes.
- D’autres symptômes tels que des gaz, un inconfort abdominal, des douleurs ou des flatulences.
Attention : certaines constipations peuvent être masquées par la « fausse diarrhée des constipés ». Elle consiste en une alternance de selles dures puis de selles liquides, à la suite de l’élimination d’un bouchon de selles dures.
Quel diagnostic pour la constipation ?
Une fois la constipation identifiée, on précise si celle-ci est occasionnelle ou chronique. La constipation est qualifiée de chronique lorsqu’elle dure depuis plus de 6 mois.
Le médecin pourra alors me prescrire un bilan sanguin et/ou une coloscopie pour éliminer la possibilité d’une pathologie.
Que faire en cas de constipation ?
Que manger lorsqu’on est constipé ?

La première prise en charge de la constipation repose sur l’hygiène de vie et une alimentation équilibrée.
Les conseils alimentaires suivants peuvent être appliqués : :
- Augmenter la quantité de fibres consommées pour atteindre 15 à 40 g par jour. Cette augmentation doit être progressive (sur 8 à 10 jours) afin d’éviter les ballonnements. Pour cela, consommer au moins une portion de fruit ou de légume cru à chaque repas et privilégier les aliments complets.
- Boire au moins 1,5 L d’eau par jour, en particulier des eaux riches en magnésium.
- Pratiquer une activité physique régulière.
Quels sont les meilleurs laxatifs alimentaires ?
Les aliments riches en fibres sont les suivants :
- Les fruits secs tels que les pruneaux.
- Les légumes secs : haricots, pois chiche, lentilles…
- Les céréales complètes et le pain complet.
- Les fruits et légumes : qu’ils soient frais, en conserve ou surgelés.
Faut-il consulter pour une constipation ?
La constipation est le plus souvent bénigne mais peut altérer la qualité de vie.
Cependant, certains signes et facteurs doivent inciter à consulter un médecin : :
- Présence de sang ou de glaires dans les selles.
- Perte de poids rapide.
- Bilan sanguin montrant une anémie.
- Suivi pour une maladie chronique du côlon (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique).
- Fortes douleurs abdominales associées à de la fièvre.
Attention : une constipation d’apparition récente ou une modification récente du transit, surtout chez la personne âgée, peut évoquer une tumeur colique (cancer colo-rectal).
Traitements : comment débloquer la constipation ?
Si la constipation est secondaire à une cause organique, il est nécessaire de traiter la cause.
En cas de d’échec des mesures diététiques, l’utilisation de laxatif peut s'avérer utile. Il existe plusieurs types de laxatifs, avec des fonctionnements différents. Ils peuvent par exemple empêcher ou modifier la réabsorption d’eau responsable des selles dures ou stimuler le réflexe de défécation.
Comment éviter la constipation ?
Même lorsque la constipation est installée depuis longtemps, il est possible d’enrayer le problème. Ces conseils peuvent être appliqués pour prévenir et traiter la constipation.
Les bonnes habitudes contre la constipation
Mettre en place des rituels peut aider à gérer la constipation : :
- Se rendre aux toilettes tous les jours à la même heure afin d’instaurer un rythme régulier de défécation.
- Aller aux toilettes dès que l’envie se manifeste.
- Prendre son temps, sans effectuer d’efforts de poussée excessifs.
- Surélever les pieds aux toilettes à l’aide d’un petit tabouret.
Les conseils alimentaires contre la constipation
Comme l’indique la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) dans sa fiche « Diététique sur la constipation » : « Les fibres ont la particularité d’être faiblement absorbées dans l’intestin grêle et d’arriver quasiment intactes dans le côlon. Les fibres augmentent la fréquence des selles, améliorent leur consistance et diminuent la prise des laxatifs. Elles ont un effet sur le transit par leur capacité à augmenter l’arrivée d’eau dans le côlon, par un effet stimulant direct sur l’intestin, et/ou par leur fermentation par les bactéries. ».
Les fibres peuvent être intégrées dans l’alimentation quotidienne pour lutter contre la constipation : :
- À chaque repas, consommer au moins un fruit ou un légume cru.
- Consommer régulièrement des légumineuses, des légumes verts et des céréales complètes.
- Privilégier les fruits secs et les noix pour des en-cas sains et riches en fibres.
- Ajouter du son de blé dans un yaourt afin d’augmenter l’apport en fibres.
- Augmenter les quantités progressivement afin de limiter les ballonnements durant les premiers jours.
Ci-dessous un exemple d’un menu riche en fibres pour lutter contre la constipation :
- Entrée : Carottes râpées et vinaigrette.
- Plat principal : Escalope de dinde, lentilles vertes, sauce crème fraîche et champignons.
- Dessert : Yaourt nature et compote de pomme.
- Accompagnement : pain complet et eau.
La constipation peut également être liée au stress. Au-delà du choix des aliments, il est recommandé de prendre les repas à heures fixes, de manger lentement, dans le calme, en mastiquant correctement.
Propos écrits par Amanda Huguet-Millot, Diététicienne-Nutritionniste et Ingénieure en Alimentation & Santé
Sources :
- Ameli – Constipation de l’adulte : que faire et quand consulter ?
- Physiopathologie – bases physiopathologiques de la diététique. Editions Lavoisier 2ème édition - 2014
- Abrégé d’hépato-gastro-entérologie. Constipation de l’adulte (avec le traitement). Editions Elsevier-Masson 2ème édition - Partie « Connaissances » - 2014
- Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) – Constipation chronique
- SNFGE - Diététique sur la constipation