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La maladie de Crohn, une inflammation de l’intestin mais pas seulement
La maladie de Crohn est une inflammation digestive chronique. Ses symptômes peuvent parfois être confondus avec d'autres pathologies

La maladie de Crohn fait partie des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (aussi appelées MICI). Évoluant par poussées, elle peut s’avérer très invalidante pour les patients atteints.

En France, elle touche près d’une personne sur 1 000, soit environ 60 000 français. Chaque année, on dénombre 8 nouveaux cas de maladie de Crohn pour 100 000 habitants.

Qu’est-ce que la maladie de Crohn ?

Des symptômes spécifiques à la maladie de Crohn

La maladie de Crohn : une inflammation de l’intestin

La maladie de Crohn est une pathologie inflammatoire chronique qui touche le tube digestif, avec des lésions pouvant aller de la bouche à l’anus. On constate alors des lésions sur la muqueuse, entrecoupées de muqueuse saine. 

Même s’il est vrai que la maladie de Crohn consiste souvent en une inflammation de l’intestin grêle (la partie qui va de l’estomac au côlon), elle peut se manifeste également dans l’œsophage ou au niveau du gros intestin. 

Or, au-delà de son rôle d’acheminement du bol digestif vers l’anus, l’intestin sert également à la digestion. C’est en effet la muqueuse intestinale qui absorbe la majeure partie des nutriments, et notamment des vitamines et minéraux.

En cas de lésions dues à la maladie de Crohn, le corps n’absorbe plus correctement les nutriments tirés des aliments, causant parfois des retentissements sur la santé générale.

Une évolution par poussées

La particularité de la maladie de Crohn est une évolution chronique par poussées. Le patient subit donc des phases inflammatoires douloureuses et invalidantes pendant une période, entrecoupées de phases d’accalmie appelées « rémissions ».

Cette alternance de phase est imprévisible avec des poussées plus ou moins rapprochées et plus ou moins intenses.

Durant les moments de rémission, le malade n’a plus de symptôme, et cela pendant quelques semaines à quelques années.


Les causes de la maladie de Crohn

Les causes de la maladie de Crohn sont encore mal connues. 

La maladie résulterait d’un dysfonctionnement du système immunitaire, en lien avec le microbiote intestinal. En effet, en cas de maladie de Crohn, l’organisme aurait une réaction anormale contre les bactéries du tube digestif naturellement présentes.

Par ailleurs, un déséquilibre de l’écosystème bactérien (appelé dysbiose) pourrait également être en cause. Chez 5% des patients atteints de maladie de Crohn, on retrouve un type très particulier d’Escherichia coli invasive : les AEIC (Escherichia coli adhérentes invasives). Celles-ci faciliteraient une réaction inflammatoire locale.

Les facteurs de risques

La maladie de Crohn associerait des prédispositions génétiques et des facteurs environnementaux.

Les prédispositions génétiques

Certains gènes (une trentaine dénombrée à ce jour) augmentent donc le risque de développer la maladie de Crohn. On appelle polymorphisme l’association de plusieurs de ces gènes, et cette association accroit d’autant plus ce risque. C’est notamment le cas du polymorphisme NOD2/CARD15, qui multiplierait par 40 le risque de déclencher cette maladie.

Les facteurs environnementaux

Concernant les facteurs environnementaux, des études sont toujours en cours. 

Le lien a été bien démontré pour certains facteurs, tel que le tabac. Principal facteur avéré, il serait responsable d’une augmentation du risque et de la sévérité des poussées.

Pour d’autres facteurs, les preuves manquent encore :

  • On constate une forte progression de la maladie de Crohn dans les pays en cours d’industrialisation. Une hypothèse est donc l’impact de la pollution dans le déclenchement de la maladie.
  • L’influence du régime alimentaire n’a pas encore été prouvée mais il pourrait exister un lien entre les émulsifiants dans les produits alimentaires et la maladie de Crohn. Cela n’a cependant été testé que chez l’animal.
  • L’impact du stress psychologique a également été étudié, sans résultat concluant.

Risques de complications

La maladie de Crohn évolue de façon chronique et peut générer sur le long terme des complications parfois graves.

La muqueuse digestive subissant des lésions dues à la maladie de Crohn, l’évolution peut se faire vers :

  • Des perforations de la muqueuse avec saignements, voire infections
  • Une communication anormale entre le tube digestif et d’autres organes (fistulisation)
  • Des abcès dans la paroi
  • Des cicatrisations des lésions réduisant le diamètre du tube digestif (sténose)
  • Sur le long-terme, suite à des cicatrisations négligées, l’apparition d’un cancer colique est aussi possible

En cas de sténose intestinale, le diamètre du tube digestif peut diminuer drastiquement et empêcher le bol alimentaire digéré de progresser vers l’anus. En cas de blocage, on parle d’occlusion intestinale et cette dernière constitue une urgence médicale.

Enfin, dues à la malabsorption des nutriments, le patient atteint de maladie de Crohn peut également souffrir de dénutrition et de carences vitaminiques.

Les symptômes de la maladie de Crohn

Chez qui se déclenche la maladie de Crohn ?

La maladie de Crohn peut être développée par toute personne et à tout âge. Elle débute généralement chez l’adulte jeune (20 à 30 ans), mais 10 à 15% des MICI se déclarent chez l’enfant et 5% des formes se déclarent après 60 ans.

Actuellement, la maladie de Crohn touche légèrement plus les femmes (13 femmes pour 10 hommes). 

Sa prévalence est également plus forte dans les pays industrialisés. 

 

Les signes cliniques

Les symptômes de la maladie de Crohn sont digestifs mais pas seulement. Durant les poussées, je peux donc subir des symptômes assez variés :

  • J’ai des diarrhées chroniques
  • J’ai des douleurs abdominales à type de spasmes ou de brûlures, souvent par crises
  • J’ai des douleurs anales et des pertes de sang ou de glaires
  • J’ai peu d’appétit, je perds du poids
  • J’ai des nausées et des vomissements
  • J’ai de la fièvre

La maladie de Crohn peut également engendrer des symptômes extra-digestifs :

  • J’ai des douleurs articulaires
  • J’ai souvent des aphtes
  • J’ai des nœuds durs et douloureux sur les jambes et les avant-bras
  • J’ai les yeux rouges ou douloureux

Les symptômes de la maladie de Crohn étant peu spécifiques, ils peuvent retarder le diagnostic. Pourtant, une prise en charge précoce de la maladie peut m’aider à mieux vivre avec mes symptômes et retarder l’apparition de complications.

La téléconsultation est possible avec un médecin partenaire MEDADOM.

Les examens médicaux

Le bilan biologique

Des analyses sanguines peuvent m’être prescrites pour le diagnostic et le suivi de ma maladie de Crohn pour mettre en évidence :

  • Une anémie : par mauvaise absorption du fer et due à l’inflammation chronique
  • Un syndrome inflammatoire
  • Des carences vitaminiques

Des examens visuels et endoscopiques

Un examen de l’anus peut être révélateur d’une maladie de Crohn agissant dans la partie basse du tube digestive. On pourra alors constater des ulcérations, des fissures anales ou des abcès par exemple.

L’examen de référence de la maladie de Crohn est une iléoscopie. On insère une caméra de très petite taille dans l’anus pour constater la présence de lésion dans l’iléon. D’autres endoscopies peuvent être proposées selon la localisation supposée des lésions. Elles peuvent également être accompagnées de biopsie pour caractériser les lésions.

 

Le traitement de la maladie de Crohn

A l’heure actuelle, il n’existe pas encore de traitement pour guérir la maladie de Crohn. Il existe cependant des traitements pour réduire la durée et la sévérité des poussées, et les espacer.

L’objectif est alors de cicatriser ma muqueuse, prévenir les rechutes, maintenir un bon état nutritionnel et améliorer ma qualité de vie.

 

Traitements médicamenteux

 

Des traitements médicamenteux existent pour soulager la maladie de Crohn

Le traitement des poussées de la maladie de Crohn est principalement composé d’anti-inflammatoires

Des corticoïdes peuvent m’être prescrits pour des traitements courts. Leurs effets secondaires et les risques de dépendance ou de résistance étant importants, je suis scrupuleusement les conseils du médecin.

D’autres traitements à base d’immunomodulateurs (appelés anti-TNFα) peuvent m’être prescrits en cas de cortico-résistance. Ils serviront à atténuer la réaction immunitaire de mon organisme et ainsi réduire l’inflammation engendrée par ma maladie de Crohn.

En parallèle, mon médecin peut m’aider à contrôler mes symptômes de la maladie de Crohn en me proposant des anti-diarrhéiques, des antispasmodiques ou des antalgiques par exemple.

 

Prise en charge hygiéno-diététique 

Recommandations générales

Le tabac étant un facteur de risque majeur de la maladie de Crohn, arrêter de fumer est primordial. Parfois compliqué, le sevrage peut être accompagné par un médecin tabacologue.

Par ailleurs, l’alimentation doit être équilibrée pour éviter les carences et l’aggravation des complications. Pour cela, je demande conseil à mon médecin généraliste, mon gastro-entérologue ou mon diététicien.

En période de crise

Durant les poussées, je suis le régime anti-diarrhéique. Je privilégie des repas sans fibres pour ne pas irriter mon tube digestif déjà malmené par les lésions dues à la maladie de Crohn.

Pour cela, je limite au maximum les fruits et légumes. Je peux tenir un journal alimentaire pour suivre les aliments qui aggravent mes douleurs. Viande rouge, produits laitiers, épices et boissons contenant de la caféine sont souvent mis en cause.

Le médecin peut également me conseiller une alimentation hypercalorique et hyperprotéinée pour compenser l’inflammation et limiter le risque de dénutrition.

Si des corticoïdes me sont prescrits durant les poussées de ma maladie de Crohn, je fais attention à mes apports en sel et en sucres simples. 

Il est parfois nécessaire à une alimentation par sonde, lorsque je ne peux plus m’alimenter par voie orale.

 

Traitements chirurgicaux de la maladie de Crohn

Si les traitements médicamenteux ne fonctionnent pas ou si je subis des complications (sténose, fistule ou abcès), les médecins peuvent m’orienter vers un traitement chirurgical.

On pourra alors procéder à une résection intestinale, qui consiste à enlever les parties atteintes par des lésions, ou à un by-pass, c’est-à-dire un court-circuit du tube digestif pour arrêter le passage du bol alimentaire dans cette partie.

Les traitements chirurgicaux ne sont toutefois proposés qu’en dernier recours.

 

Propos écrits par Amanda Huguet-Millot, Diététicienne-Nutritionniste et Ingénieure en Alimentation & Santé

 

Sources :