Inégalités de santé entre femmes et hommes : enjeux et défis actuels
Les inégalités entre femmes et hommes dans le domaine de la santé restent encore aujourd’hui une problématique majeure. En France, selon Santé Publique France, les femmes se perçoivent souvent en moins bonne santé que les hommes malgré de meilleures habitudes de vie et une espérance de vie plus élevée.
MEDADOM vous informe sur les inégalités qui subsistent entre les hommes et les femmes en matière de santé, et quels sont les défis spécifiquement liés à la santé féminine.
Les femmes sont-elles sous-représentées dans la recherche médicale ?
Selon l’institut Montaigne, les femmes ont longtemps été sous-représentées dans la recherche médicale notamment dans les essais cliniques. Cette exclusion était en grande partie due à des inquiétudes concernant les risques pour les femmes en âge de procréer.
En conséquence, les dosages de médicaments et la détection des effets secondaires sont généralement moins précis pour les femmes et augmentent le risque d'effets indésirables comparativement aux hommes.
En 2024, malgré des avancées notables dans ce domaine, les femmes demeurent sous-représentées dans les recherches sur certaines maladies comme les maladies cardiovasculaires et infectieuses.
En biologie, les études sur les animaux montrent également un biais de genre. Les recherches utilisent préférentiellement des mâles, en particulier des souris, pour la plupart des études non liées à la reproduction. Les résultats obtenus chez les mâles ne sont pas nécessairement applicables aux femelles.
Par exemple, dans les études sur les maladies métaboliques comme le diabète ou l'obésité, les régimes ou traitements qui fonctionnent sur des souris mâles peuvent être inefficaces sur les femelles.
Les scientifiques justifient souvent l'exclusion des femelles par les variations hormonales, en supposant qu'elles induiraient une plus grande variabilité des résultats.
Pourtant, des analyses de la littérature scientifique montrent que cette variabilité n'est pas plus grande chez les femelles que chez les mâles !
Quels sont les défis liés à la santé féminine ?
Les défis liés à la santé féminine sont multiples :
1. Hygiène menstruelle
En France, bien que les produits d'hygiène menstruelle soient largement disponibles, leur coût reste un obstacle pour certaines femmes, notamment les plus jeunes ou celles en situation de précarité.
Selon le ministère chargé de l’égalité, une femme sur trois est confrontée à la précarité menstruelle et 4 millions de femmes manquent de protections périodiques.
Cette situation peut entraîner des conséquences graves sur la santé, comme des infections et une gêne sociale.
2. Accès à la contraception
L'accès à la contraception est un autre défi spécifiquement lié à la santé féminine. Bien que la France propose un large éventail de méthodes contraceptives, des obstacles demeurent en termes de coût et d'accès à l'information.
Une étude de l'INED (Institut National d'Études Démographiques) indique que près de 3 % des femmes en âge de procréer ont des besoins non satisfaits en matière de contraception.
En outre, beaucoup de femmes ne connaissent pas toutes les options disponibles et se limitent souvent à la pilule et au stérilet.
Pourtant, il existe de nombreuses alternatives comme l'anneau vaginal, le patch contraceptif et les implants dont l’efficacité théorique est tout aussi élevée.
3. Détection et prise en charge des troubles comme l'endométriose
L'endométriose est une maladie chronique qui affecte environ une femme sur dix en âge de procréer. Cependant, elle est généralement sous-diagnostiquée et mal prise en charge.
Il faut en moyenne sept à dix ans pour qu'une femme reçoive un diagnostic d'endométriose, selon l'INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) !
Cette situation s'explique par un manque de formation des professionnels de santé et des préjugés qui minimisent les douleurs menstruelles des femmes et les laissent impuissantes face à leurs symptômes.
4. Congé menstruel et allaitement
Le congé menstruel est une mesure de plus en plus discutée pour améliorer le bien-être des femmes au travail. En France, cette initiative reste rare et controversée. Pourtant, des pays comme l'Italie et le Japon ont déjà mis en place des politiques de congé menstruel.
Le Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes a souligné l'importance de reconnaître la douleur liée aux menstruations et de proposer des solutions adaptées pour les femmes qui en souffrent.
De plus, l'allaitement représente un autre défi important pour les femmes sur leur lieu de travail. En France, bien que la loi permette aux mères de prendre des pauses pour allaiter ou tirer leur lait, de nombreuses entreprises ne disposent pas des infrastructures nécessaires.
Le manque de soutien et de compréhension des employeurs peut ainsi rendre cette période stressante et compliquée pour les nouvelles mères qui doivent déjà jongler avec un quotidien plus compliqué à gérer et de nouvelles responsabilités.
5. Bien-être cardiovasculaire
Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes en France. Cependant, elles sont souvent perçues comme des maladies "masculines". Cette perception erronée conduit à un sous-diagnostic et à une prise en charge tardive des femmes souffrant de troubles cardiaques.
Selon une étude de l'INSERM, les femmes sont deux fois plus susceptibles de mourir d'une crise cardiaque que les hommes en raison de ces diagnostics tardifs !
De plus, les facteurs de risque cardiovasculaires peuvent également différer. Les femmes sont plus susceptibles d'être affectées par des maladies comme l'hypertension artérielle pendant la grossesse, le diabète gestationnel et les effets de la ménopause sur le système cardiovasculaire.
Ces facteurs augmentent le risque de développer des maladies cardiaques à long terme et nécessitent une surveillance accrue et des interventions spécifiques.
Les inégalités dans les soins de santé exacerbent aussi ces problèmes. Les femmes reçoivent généralement moins d'interventions préventives, par exemple en ce qui concerne les tests de dépistage du cholestérol.
Quelle est l'étiquette de maladie exclusivement féminine ?
Les maladies exclusivement féminines sont fréquemment sous-diagnostiquées en raison des stéréotypes de genre. Par exemple :
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L’endométriose, qui affecte environ 10 % des femmes en âge de procréer.
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Les troubles de la thyroïde.
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Les affections psychiatriques, en raison de l’influence de facteurs socio-économiques et des stéréotypes de genre.
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Les maladies cardiovasculaires.
La santé mentale est-elle le miroir des inégalités de genre ?
La santé mentale est profondément influencée par les inégalités de genre, reflet des dynamiques sociales et économiques différenciées entre hommes et femmes.
Les femmes sont particulièrement vulnérables aux troubles mentaux en raison de facteurs socio-économiques et culturels spécifiques.
Les données montrent d’une part que les femmes sont plus susceptibles de souffrir de troubles dépressifs et anxieux.
En France, en 2021, 19 % des femmes étaient touchées par des syndromes anxieux ou dépressifs, contre 12 % des hommes. Cette disparité est exacerbée chez les jeunes femmes, avec plus d'un quart des 16-24 ans affectées par l'un ou l'autre de ces syndromes selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).
Plusieurs raisons expliquent cette plus grande vulnérabilité. Les femmes sont souvent exposées à des conditions de vie précaires, à des emplois moins rémunérés et plus instables, et à des responsabilités domestiques et familiales plus importantes. Ces facteurs contribuent à un stress chronique et augmentent les risques de troubles mentaux.
D’autre part, les violences sexistes et sexuelles représentent un autre facteur de risque majeur pour la santé mentale des femmes. Les conséquences psychologiques de ces violences (anxiété, dépression, stress post-traumatique), sont aujourd’hui bien documentées.
Enfin, les stéréotypes de genre influencent également la reconnaissance et la prise en charge des troubles mentaux. Les symptômes de dépression chez les hommes sont sous-diagnostiqués en raison de la perception erronée selon laquelle les hommes ne seraient pas sujets à ce type de trouble.
De plus, les femmes peuvent se voir prescrire des traitements pour des symptômes physiques, comme la fatigue, sans que les causes psychologiques sous-jacentes soient correctement explorées.
Comment se manifeste la contraception et l'inégalité des charges ?
La contraception reste une responsabilité principalement assumée par les femmes et créé une inégalité des charges à plusieurs niveaux.
Les femmes doivent en premier lieu gérer la planification, les rendez-vous médicaux et les effets secondaires des contraceptifs.
Ensuite, elles doivent fréquemment jongler avec des responsabilités supplémentaires, comme le rappel de la prise de la pilule et la peur de la grossesse.
Malgré la prise en charge de la contraception par la Sécurité sociale, des inégalités persistent. Les femmes à faibles revenus utilisent moins de contraceptifs remboursés que celles ayant des revenus plus élevés, en raison de difficultés d'accès aux médecins et de maintien de la couverture maladie.
Ces disparités économiques aggravent la situation, car les options plus coûteuses, comme certaines pilules de troisième génération ou les dispositifs intra-utérins, peuvent être inaccessibles pour les femmes précaires.
Les hommes, quant à eux, participent rarement à la gestion de la contraception. La contraception masculine est moins courante, ce qui renforce de fait la charge mentale des femmes.
Pour réduire ces inégalités, il est essentiel d'améliorer l'éducation à la sexualité dès le jeune âge, d'encourager la participation masculine en démocratisant les solutions actuellement disponibles et de garantir un accès équitable à toutes les méthodes contraceptives.
Sources :
- Métropole de Toulouse - De la nécessité de considérer le genre en recherche biomédicale
- UNICEF - La santé et l'hygiène menstruelles encore inaccessibles pour de nombreuses personnes
- Fédération française de cardiologie - LES FEMMES ET LES MALADIES CARDIOVASCULAIRES