Polynucléaires neutrophiles bas : faut-il s’inquiéter ?
Découvrez nos autres articles :
Prise de sang : rôle, préparation, interprétation des résultats Prise de sang : déroulement, préparation et erreurs à éviter Protéine C réactive élevé CRP élevée et fatigue Plaquettes sanguines élevées Créatinine Lymphocytes bas Taux de transaminases ASAT élevé Vitamine D trop basse Taux de TSH élevé Alimentation et taux d'urée élevé Dosage de l'urée D-dimères élevés Polynucléaires éosinophiles élevés Ferritine élevée VGM élevé TSH basse Polynucléaires neutrophiles élevés
Que sont les polynucléaires neutrophiles ?
Rôle des neutrophiles dans le système immunitaire
Les polynucléaires neutrophiles sont un type de globules blancs fabriqués dans la moelle osseuse.
Le terme polynucléaire fait référence à la forme particulière de leur noyau qui est divisé en plusieurs lobes. Ces cellules sont également appelées granulocytes neutrophiles en raison des granules qu'elles contiennent.
Le neutrophile polynucléaire est la principale ligne de défense de l'organisme contre les infections bactériennes et certaines infections fongiques.
Ces cellules agissent comme des "soldats" du système immunitaire : elles entourent et détruisent les bactéries présentes dans le corps grâce à un processus appelé phagocytose.
Les polynucléaire neutrophiles représentent entre 40 et 70 % de l'ensemble des globules blancs qui circulent dans le sang.
En l'absence de ces cellules, l'organisme devient vulnérable aux infections, même face à des bactéries habituellement inoffensives.
Quelle différence entre neutrophiles et autres globules blancs ?
Les globules blancs, également appelés leucocytes, regroupent plusieurs types de cellules aux fonctions différentes.
Contrairement au polynucléaire neutrophile qui combat principalement les infections bactériennes, les autres globules blancs ont des rôles différents :
- Les lymphocytes participent à la réponse immunitaire à long terme et à la mémoire immunitaire.
- Les monocytes se transforment en macrophages pour éliminer les débris cellulaires.
- Les polynucléaires éosinophiles s'attaquent aux parasites (4 à 5 % des globules blancs).
- Les polynucléaires basophiles interviennent dans les réactions allergiques (moins de 2 % des globules blancs).
Cette diversité de cellules immunitaires permet à l'organisme de se défendre contre différents types d'agressions.
Que signifie un taux de polynucléaires neutrophiles bas ?
Valeurs normales des neutrophiles
Le taux normal de globules blancs se situe généralement entre 4 500 à 11 000/mm³. Parmi ces globules blancs, les neutrophiles représentent la majorité, avec des valeurs normales comprises entre 1 500 à 7 500/mm³ (1,5 à 7,5 G/L) selon les unités utilisées par les laboratoires.
Il existe toutefois des variations physiologiques selon l'âge et l'origine ethnique.
À partir de quand parle-t-on de neutrophiles bas
Un taux de polynucléaires neutrophiles bas signifie que le nombre de ces globules blancs dans le sang est inférieur aux valeurs normales.
On parle de polynucléaire neutrophiles bas lorsque le nombre de neutrophiles est inférieur à 1,5 G/L (1 500 cellules par microlitre).
Le risque infectieux devient réellement significatif lorsque le taux de polynucléaire neutrophile bas descend sous 1,0 G/L. À ce niveau, l'organisme dispose de moins de ressources pour combattre les bactéries.
Lorsque le nombre de neutrophiles chute sous 0,5 G/L, on parle de neutropénie profonde ou d'agranulocytose : le risque d'infection grave devient alors très élevé, et toute infection peut rapidement évoluer vers une complication sévère.
Neutropénie légère, modérée ou sévère
On distingue trois degrés de gravité :
| Neutropénie légère | Entre 1 000 et 1 500 cellules par microlitre (1,0 à 1,5 G/L). Le risque infectieux reste modéré. |
| Neutropénie modérée | Entre 500 et 1 000 cellules par microlitre (0,5 à 1,0 G/L). Le risque d'infection est plus important et nécessite une surveillance médicale régulière. |
| Neutropénie sévère | Inférieure à 500 cellules par microlitre (0,5 G/L). À ce stade, les polynucléaires neutrophiles trop bas exposent la personne à un risque plus prononcé d'infections potentiellement mortelles. Même des bactéries normalement présentes dans le corps (dans la bouche, les intestins) peuvent devenir dangereuses. |
Quelles sont les causes possibles des polynucléaires neutrophiles bas ?
Quelles sont les causes infectieuses des polynucléaires neutrophiles bas ?
La grippe, la mononucléose, l'hépatite ou certaines infections à VIH provoquent une baisse généralement temporaire des polynuycléaires neutrophiles bas qui se corrige après la guérison.
Les infections bactériennes dites sévères comme la tuberculose ou les sepsis graves consomment rapidement les neutrophiles pour combattre l'infection.
Certaines infections parasitaires, comme la leishmaniose viscérale, peuvent également affecter la moelle osseuse.
Quelles sont les causes médicamenteuses des polynucléaires neutrophiles bas ?
Les neutropénies immuno-allergiques apparaissent généralement de façon imprévisible après 5 à 7 jours de prise ou immédiatement en cas de réexposition.
Les médicaments les plus à risque sont :
- La clozapine ;
- Les antithyroïdiens de synthèse ;
- La ticlopidine ;
- Le triméthoprime-sulfaméthoxazole ;
- La carbamazépine ;
- Certaines pénicillines.
Les neutropénies toxiques sont plus modérées. Elles concernent surtout les chimiothérapies anticancéreuses, les phénothiazines et certains antithyroïdiens.
L'arrêt immédiat du médicament responsable est ici indispensable. La récupération se fait entre 8 et 15 jours.
Quelles sont les causes hématologiques ou immunitaires des polynucléaires neutrophiles bas?
Lorsque les leucocytes et polynucléaires neutrophiles bas s'accompagnent d'une baisse d'autres cellules sanguines, cela évoque une atteinte de la moelle osseuse :
- Les maladies auto-immunes produisent des anticorps qui détruisent les neutrophiles. La neutropénie auto-immune primitive est la cause la plus fréquente chez l'enfant, avec une évolution généralement favorable en 12 à 36 mois.
- Les hémopathies malignes ont besoin d'un diagnostic rapide : leucémies, syndromes myélodysplasiques, leucémie à grands lymphocytes granuleux (LGL), lymphomes.
- L'anémie aplasique quant à elle provoque une pancytopénie : les leucocytes polynucléaires neutrophiles bas s'associent ici à une anémie et une thrombopénie.
- L'hypertrophie de la rate détruit les neutrophiles. La myélofibrose réduit leur production par remplacement de la moelle osseuse.
Autres causes possibles
D’autres causes de baisse des polynucléaires neutrophiles sont aussi recensées :
- La radiothérapie ;
- Les carences nutritionnelles en vitamine B12 ou folates.
Chez l'enfant, les polynucléaires neutrophiles bas enfant peuvent être causés par :
- Une neutropénie auto-immune (la plus fréquente).
- Des neutropénies congénitales.
- Une neutropénie cyclique.
- Une neutropénie congénitale sévère (maladie de Kostmann).
Certaines personnes présentent des polynucléaires neutrophiles en baisse sans cause identifiable : c'est la neutropénie idiopathique, fréquemment prolongée mais généralement sans infections sévères.
Quels symptômes peuvent être associés à des neutrophiles bas ?
Quels sont les symptômes possibles pour des polynucléaires neutrophiles bas ?
Les polynucléaires neutrophiles bas symptômes se manifestent principalement par des signes d'infection qui peuvent toucher différentes parties du corps.

La fièvre est souvent le premier et parfois le seul signe d'infection chez une personne neutropénique. Elle peut apparaître brutalement, dépasser 38,5°C et s’accompagner de frissons.
- Les infections bucco-dentaires sont fréquentes et caractéristiques :
- Aphtes à répétition ;
- Ulcérations douloureuses dans la bouche ;
- Angine ulcéro-nécrotique ;
- Parodontopathies ;
- Mal de gorge persistant.
- Les infections respiratoires se manifestent par une toux importante, un essoufflement ou des douleurs thoraciques. Une pneumonie peut se développer rapidement.
- Les infections urinaires provoquent des douleurs ou brûlures en urinant, une urine nauséabonde ou troubles.
- Les infections digestives entraînent des diarrhées, des douleurs abdominales ou des douleurs au niveau du rectum.
- Les infections cutanées se traduisent par des rougeurs, gonflements, écoulements de pus au niveau de coupures, plaies, cathéters ou points d'injection.
- Les candidoses digestives (infections fongiques) peuvent se développer après 7 jours de neutropénie profonde et provoquer des lésions blanchâtres dans la bouche et des difficultés à avaler.
- Dans les agranulocytoses aiguës médicamenteuses, les symptômes sont souvent brutaux et sévères avec un risque d'évolution rapide vers un choc septique.
Peut-on avoir des neutrophiles bas sans symptôme ?
De nombreuses personnes présentent une neutropénie sans symptôme, notamment :
- Dans les neutropénies légères ou modérées.
- La neutropénie ethnique bénigne, présente chez les personnes d'origine africaine subsaharienne ou du Moyen-Orient.
- La neutropénie idiopathique.
- La neutropénie cyclique.
Quels sont les signes nécessitant une consultation urgente ?
Certains symptômes requièrent une prise en charge médicale immédiate car ils peuvent signaler une infection grave potentiellement mortelle :
- Fièvre ≥ 38,5°C chez une personne connue pour avoir une neutropénie ou en cours de chimiothérapie.
- Frissons importants associés à une sensation de malaise général.
- Angine avec ulcérations visibles dans la gorge.
- Essoufflement brutal, toux importante ou douleur thoracique.
- État de choc : pâleur intense, sueurs froides, pouls rapide, tension artérielle basse, confusion mentale.
- Diarrhée persistante, douleurs abdominales intenses ou saignements digestifs.
- Infection cutanée qui s'étend rapidement, avec rougeur, chaleur, gonflement important.
Comment interpréter une prise de sang avec des neutrophiles bas ?
Pourquoi les neutrophiles ne s'interprètent jamais seuls ?
Un taux de polynucléaires neutrophiles bas peut avoir des significations très différentes selon le contexte.
L'interprétation dépend de plusieurs éléments :
- Le contexte clinique ;
- La profondeur de la baisse ;
- La durée ;
- L'évolution.
C'est pourquoi le médecin s'intéresse toujours aux antécédents, aux traitements en cours et à l'historique des prises de sang précédentes.
Importance de la numération formule sanguine complète
La numération formule sanguine (NFS) complète permet de distinguer différentes situations :
- La neutropénie isolée.
- La pancytopénie : la baisse des neutrophiles s'accompagne d'une anémie (baisse des globules rouges) et d'une thrombopénie (baisse des plaquettes).
- La bicytopénie : deux lignées sont atteintes. Par exemple, neutrophiles et plaquettes bas, ou neutrophiles et globules rouges bas.
La NFS indique également le nombre total de leucocytes (globules blancs), ce qui aide à différencier une neutropénie isolée d'une leucopénie globale.
Rôle des autres globules blancs et des plaquettes
L'analyse des autres cellules sanguines aide à comprendre l'origine de la neutropénie et son évolution. En cas de variations des autres globules blancs :
- L'augmentation des monocytes annonce souvent la récupération des neutrophiles après une agranulocytose médicamenteuse. L'augmentation des lymphocytes peut accompagner certaines infections virales.
- Lors d'un contrôle après neutropénie, des polynucléaires neutrophiles haut correspondent à une "polynucléose de rebond" : la moelle osseuse surcompense temporairement la baisse antérieure.
- Une hausse importante et anormale d'une lignée de globules blancs peut par contre évoquer une hémopathie maligne.
L’Importance des plaquettes et des globules rouges :
- Des plaquettes normales en cas de neutropénie isolée rassurent sur l'état de la moelle osseuse. Une baisse des plaquettes associée peut faire penser à une toxicité médicamenteuse, une anémie aplasique ou une hémopathie.
- Une anémie associée évoque une atteinte médullaire diffuse, une carence nutritionnelle ou une maladie chronique.
- Le frottis sanguin peut révéler des anomalies de forme ou la présence de cellules anormales.
Polynucléaires neutrophiles bas : quand faut-il consulter ?
Face à une découverte de neutropénie, il est légitime de se demander : polynucléaires neutrophiles bas quand s'inquiéter ? La gravité dépend du contexte, de la profondeur de la baisse et des symptômes associés.
Une consultation urgente est recommandée si :
- Vous êtes en cours de chimiothérapie ou avez récemment pris un nouveau médicament ET vous présentez une fièvre ≥ 38,5°C. C'est une urgence médicale qui nécessite une prise en charge hospitalière immédiate.
- Vous avez des signes d'infection sévère : frissons importants, essoufflement brutal, angine avec ulcérations douloureuses, diarrhée persistante ou état de malaise général.
- Votre prise de sang montre une agranulocytose même sans symptômes, particulièrement si vous prenez des médicaments à risque (antithyroïdiens, clozapine, antibiotiques).
Consultez sous quelques jours si :
- Vous découvrez une neutropénie lors d'une prise de sang de routine (même légère) pour en identifier la cause.
- Vous présentez des infections à répétition qui peuvent signaler une neutropénie chronique.
- Vous avez des antécédents familiaux de neutropénie ou de maladies du sang.
Quels examens complémentaires peuvent être prescrits ?
Nouvelle prise de sang de contrôle
Une deuxième numération formule sanguine (NFS) est systématiquement réalisée quelques jours ou semaines après la première pour confirmer la neutropénie et observer son évolution.
Ce contrôle permet de distinguer une baisse transitoire (par exemple après une infection virale) d'une neutropénie chronique qui dure plus de trois mois.
Une neutropénie qui se corrige spontanément ne nécessite généralement pas d'investigations poussées.
Bilan infectieux ou carentiel
En cas de fièvre ou de signes infectieux, plusieurs examens sont réalisés en urgence :
- Au moins trois hémocultures pour détecter une infection du sang.
- Un examen cytobactériologique des urines (ECBU).
- Une radiographie du thorax pour rechercher une pneumonie.
- D'autres prélèvements selon les symptômes (analyse de selles, prélèvement de gorge).
Le bilan carentiel recherche des carences nutritionnelles :
- Dosage de la vitamine B12.
- Dosage des folates (acide folique).
Examens spécialisés selon le contexte
- Le myélogramme (ponction et analyse de moelle osseuse) est prescrit si la cause de la neutropénie n'est pas évidente.
- Les tests génétiques peuvent être proposés en cas de suspicion de neutropénie congénitale, notamment chez l'enfant ou si plusieurs membres de la famille sont atteints.
- La recherche d'anticorps anti-neutrophiles aide à diagnostiquer les neutropénies auto-immunes, bien que ces tests ne soient pas systématiquement positifs.
- Les examens d'imagerie (scanner, échographie) peuvent être nécessaires si une hypertrophie de la rate ou une autre anomalie est suspectée.
Ce qu'il faut retenir sur les polynucléaires neutrophiles bas
- Les polynucléaires neutrophiles sont la principale défense contre les infections bactériennes. Une neutropénie (taux < 1,5 G/L) augmente le risque infectieux, surtout si elle est profonde (< 0,5 G/L).
- Les causes sont variées : infections virales (grippe, hépatite), médicaments (chimiothérapie, antithyroïdiens, antibiotiques), maladies auto-immunes ou hématologiques. La plupart des neutropénies sont temporaires.
- Les symptômes se manifestent par des infections : fièvre, aphtes récurrents, infections respiratoires ou urinaires. Une fièvre ≥ 38,5°C chez une personne neutropénique nécessite une consultation urgente.
- Le diagnostic repose sur une prise de sang complète et des contrôles réguliers. Le traitement dépend de la cause : arrêt du médicament responsable, antibiotiques en cas d'infection, ou facteurs de croissance si nécessaire.
FAQ – Polynucléaires neutrophiles bas
Polynucléaires neutrophiles bas : est-ce grave ?
La gravité dépend du taux de neutrophiles et des symptômes : une neutropénie légère sans infection est généralement bénigne, alors qu'une neutropénie sévère expose à un risque d'infections potentiellement mortelles.
Neutrophiles bas et infections : quel risque réel ?
Le risque infectieux augmente progressivement avec la profondeur de la neutropénie : il reste modéré au-dessus de 1 000/µl, devient significatif sous 1 000/µl et très élevé sous 500/µl, notamment si la baisse persiste au-delà de 7 jours.
Neutrophiles bas après une infection virale : est-ce normal ?
La grippe, la mononucléose ou d'autres infections virales provoquent fréquemment une baisse temporaire des neutrophiles qui se corrige spontanément en quelques semaines après la guérison.
Peut-on avoir des neutrophiles bas sans symptôme ?
De nombreuses personnes présentent une neutropénie asymptomatique, notamment dans les formes légères à modérées, la neutropénie ethnique bénigne ou la neutropénie idiopathique qui ne provoquent généralement aucune infection.
Les neutrophiles bas peuvent-ils remonter seuls ?
Les neutropénies post-infectieuses se corrigent spontanément en quelques semaines, et les neutropénies médicamenteuses se résolvent généralement en 8 à 15 jours après l'arrêt du médicament responsable.
Sources :
- VIDAL - Agranulocytose et neutropénie
- Société canadienne du cancer - Nombre peu élevé de globules blancs (neutropénie)
- Manuel MSD - Neutropénie